24 avril 2017 : Une analyse des résultats du 1er tour de l’élection présidentielle, par Christian Casper

Les résultats des principaux protagonistes sont serrés. Les chiffres, brutaux, ont tranché.

Emmanuel Macron peut être qualifié de petit Mozart de la politique française. Ce qu’il a réalisé en un an, alors que la scène politique était figée depuis plusieurs décennies de rituels, relève du prodige.

L’homme est un virtuose. Pour user de métaphores propres à la boxe (la politique est une forme de boxe), il excelle dans l’esquive. Saura-t-il recevoir des uppercuts et en donner au cours de la campagne du second tour et en particulier lors du débat télévisé du 3 mai entre lui et Marine Le Pen ? Il gagnera cependant selon toute vraisemblance le 2e tour de l’élection le 7 mai.

 

Les circonstances ont éliminé tour à tour Hollande et son indécision, Juppé, Valls puis Fillon. Juppé et Valls ont été éliminés à l’issue de primaires où les militants votent pour le candidat et le programme les plus « durs » dans la perspective du match que constitue l’élection présidentielle, Valls étant, en outre, considéré comme un héritier. Quant à Fillon, dès décembre 2016-janvier 2017, et bien avant que « les affaires » ne soient rendues publiques, son programme a été contesté. Son diagnostic lucide de l’état de la France et les mesures proposées se sont heurtés à l’attachement presque viscéral des Français à leur « modèle social » (suppression de 500.000 fonctionnaires ; limitation de l’accès au remboursement de soins par la Sécurité Sociale etc.).

Pour la première fois depuis le début de la Ve République (plus docile qu’on ne dit), un candidat « centriste », « central » est en passe de devenir Président de la République (VGE n’étant pas réellement une exception). Certes, il y aura en juin des élections législatives. On peut penser que de nombreux reclassements et transferts vont se produire.

 

Macron se déclare résolument européen. C’est sympathique. Parmi les 11 candidats à l’élection, il a été, c’est un euphémisme, assez isolé. Sur le fond, il n’a pas dit grand-chose alors que l’Europe est en panne depuis plus de 10 ans (rejet du projet de traité constitutionnel en 2005, Brexit). Pourra-t-il, avec d’autres Etats-membres, dont l’Allemagne qui accumulent les excédents, relancer l’Europe ?

« Je ne veux pas du rétablissement du pays contre lui-même. Je veux le responsabiliser ». Cette déclaration est bien curieuse : rétablissement de la France et maintien en l’état du « modèle social » sont-ils compatibles ? Plusieurs Présidents s’y sont cassé les dents ou, lucides, ont préféré s’abstenir de tenter la réforme.

 

Sociologiquement, ce premier tour a révélé une France coupée en deux, celle des classes « populaires » qui ont voté massivement pour Le Pen, Mélenchon, Hamon et celle des classes « aisées » qu’on retrouve dans le vote Macron, Fillon. Ces deux camps sont à égalité. Les circonstances ont tranché.

Le vote Macron est-il un vote majoritairement d’adhésion ou par défaut ? L’avenir le dira rapidement.

 

 

PS : Ce matin, les marchés financiers et l’euro sont en forte hausse. La tyrannie du court terme est tenace. 

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