Après le référundum, l’action! Tribune de Jean Marie Cavada

Paris, le 21 juin 2016.

Ainsi donc, le référendum imprudemment lancé par Monsieur Cameron pour consolider sa survie politique, aura fabriqué une femme martyre : l’assassinat de la députée britannique Jo Cox.
C’est une ironie bien tragique que le débat d’idées sur le maintien ou la sortie de Londres du projet européen, ait abouti à la mort d’une femme dont la carrière et les discours n’étaient empreints d’aucune violence : seulement un parti pris résolument européen pour l’avenir de son pays. Une idée de paix et de prospérité qui se termine par ce meurtre absurde.

Cette consultation populaire fait apparaître deux situations compliquées. Si le non l’emporte, il y aura des dommages collatéraux économiques, politiques notamment.

Certains prédisent un effet de contagion de l’exemple britannique à un ou deux autres pays. Si c’est le oui qui passe, la photographie restera malgré tout désagréable : l’impression se répandra que l’Europe est un supermarché où l’on peut choisir son menu à la carte.

Déjà, dans les décennies précédentes, l’UE a fait des concessions inacceptables : il faut rappeler que la Grande-Bretagne ne participe ni à Schengen, ni à l’Euro, ni à la Charte des droits fondamentaux. Une adhésion sur mesure qui produit avec ce référendum, une secousse que nous devons à la lâcheté.

Quel que soit le résultat, il faut maintenant tourner la page, mettre un terme aux tergiversations de certains Etats membres, et clarifier notre projet. A 28, la zone économique doit fonctionner de la même manière pour tout le monde.

On voit bien par exemple que le projet de directive pour juguler l’évasion fiscale des multinationales implantées en Europe, est une bataille qui sera inexorablement gagnée, mais dans laquelle plusieurs Etats ont beaucoup traîné les pieds.

Au-dessus de cette collectivité des 28 qui bénéficie des règles d’un marché intérieur de plus en plus unifié, il faut maintenant une construction politique exigeante qui intègre les pays volontaires afin de traiter ensemble quelques questions régaliennes qu’aucun des Etats membres ne peut résoudre tout seul. Par les temps qui courent, la sécurité à l’intérieur de l’Union doit devenir une exigence, quel qu’en soit le prix.

A travers le monde, tous les Etats se protègent par des frontières pour garantir la libre circulation à l’intérieur. Nous devons le faire sur nos frontières extérieures, et sans faiblesse.

Le monde violent qui nous entoure nécessite la construction d’une défense européenne immédiate et les projets dans ce domaine doivent franchir les égoïsmes industriels nationaux. En Europe, la convergence économique et la convergence sociale doivent maintenant être traitées : la prospérité, c’est du capital investi et du capital humain protégé. Il faut aussi s’attaquer plus résolument ensemble à la transition énergétique, et ramener à la raison ceux qui se proclament « Etats écologiques », mais achètent de l’électricité nucléaire à tout va, ou produisent de l’énergie en rallumant les centrales à charbon.

Qu’il soit victorieux ou battu, Cameron aura précipité la prise en compte d’une évidence. Dans la période instable et menaçante que nous traversons, il faut avoir le courage de repousser l’eau tiède, pour s’attaquer à une construction européenne solide sur la base des Etats qui le souhaitent.

L’époque pacifique évoquée par Fukuyama avec sa « fin de l’histoire » après la chute du mur en 89 a bel et bien sombré dans le désordre géopolitique, le terrorisme, la montée du chômage, et les surenchères extrémistes. L’extrême droite avance un peu partout à visage découvert, l’Espagne est incapable de gouverner, l’Italie se voit débordée par le populisme, et la France n’est pas bien placée pour donner sur ce sujet la moindre leçon.

Madame Merkel, Monsieur Hollande, n’attendez pas les présidentielles pour répondre à la menace historique qui pèse sur notre continent. C’est maintenant qu’il faut avancer un projet et se battre pour qu’il aboutisse.

Et ce projet, c’est pousser la construction de la sécurité à l’intérieur de l’Union. Si l’on avançait un référendum sur cette question, il triompherait dans les 28 pays. Alors qu’attendons-nous. Que le Royaume-Uni s’embourbe dans son avenir immédiat, c’est son affaire.

Il y a 40 ans, le gendre de Churchill, ambassadeur de Grande-Bretagne en France, et négociateur de l’entrée de Londres dans le marché commun de l’époque avec la France, m’avait prévenu :

« Nous entrerons dans l’Europe, mais nous ne serons pas Européens ». La démonstration est faite, mais ce coup de canon doit être salvateur. Vite, une Union politique pour ceux qui ne veulent pas sombrer.

 
Jean-Marie Cavada
Président du Mouvement Européen-France
Député européen

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