Juillet 2017 : Brèves européennes par Christian Casper

 

Brèves européennes

(par Christian Casper)

 

I – Grèce : Une importante avancée a été réalisée sur la question de la dette grecque

 

A l’issue de sa réunion du 15 juin, l’Euro groupe, réunissant les ministres des Finances de la zone euro, l’UE, la BCE et le FMI s’est entendu pour accorder un prêt de 8,5 milliards d’euros à la Grèce, qui lui permettra d’honorer les échéances cruciales de cet été, et lui ont fourni des pistes en vue d’un possible allègement de sa dette (près de 180 % de son PIB) à partir de 2018.

Cette décision a été prise après la mise en œuvre par Athènes de toutes les réformes exigées par les créanciers de la Grèce.

Sur l’insistance de l’Allemagne, le FMI se joindra au programme d’aide à hauteur de 1,8 milliard d’euros. Toutefois le FMI ne débloquera pas d’argent tant que la zone euro n’aura pas fourni suffisamment de détails sur un possible allègement de la dette grecque en 2018 qui permettront à cette institution de déterminer si celle-ci peut être rendue « soutenable », c’est-à-dire effectivement remboursable, cette exigence lui étant imposée par ses statuts. Pour aller dans le sens souhaité par le FMI, les ministres des Finances ont dit qu’ils seraient disposés à envisager d’étendre les maturités et périodes de grâce de leurs prêts à la Grèce d’une période allant de zéro à 15 ans, la maturité moyenne étant actuellement de 30 ans.

Il s’agit là d’une avancée majeure puisqu’il est désormais, en principe, acquis que l’allégement de la dette grecque est une nécessité à la fois pour ce pays et pour la poursuite de l’intégration de l’UEM.

Ce sujet est particulièrement sensible en Allemagne, principal contributeur aux plans d’aide successifs, qui se prépare à des élections en septembre et entend maintenir la pression sur la Grèce pour qu’elle poursuive les réformes.

Il reste néanmoins à s’entendre sur un allégement chiffré de la dette grecque, en se fondant sur des hypothèses réalistes sur la croissance économique du pays et le niveau d’excédent primaire (hors service de la dette) du budget grec, pour que le pays regagne la confiance des investisseurs et retrouve la capacité de se financer sur les marchés.

 

II – Brexit : C’est parti

 

Le 19 juin, près d’un an après le référendum en faveur du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE, et David Davis, ministre britannique chargé de la sortie de l’UE, ont lancé le premier cycle des négociations sur le Brexit.

Les commentaires vont bon train sur ce qui pourrait être un « hard » ou un « soft » Brexit sans être, à l’évidence, plus précis sur ce que pourrait être le résultat des longues et complexes négociations à venir.

On peut également considérer que le résultat des élections britanniques du 8 juin organisées à la suite de la dissolution de la Chambre des Communes est une bonne nouvelle pour l’UE dans la mesure où la première ministre a perdu la majorité absolue et qu’elle a été contrainte de négocier avec le parti unioniste irlandais, le Democratic Unionist Party*, pour dépasser très légèrement le seuil de la majorité absolue. Cependant, une partenaire affaiblie, qui pourrait être renversée rapidement, est-ce une bonne nouvelle, ceci d’autant que le délai de 2 ans pour négocier la sortie de l’UE est déjà très court ?

Les Vingt-Sept font bloc, à ce stade, pour défendre tous les acquis de l’UE en particulier ceux qui concernent le maintien des droits des citoyens européens.

Ils ont d’autre part établi, lors du Conseil européen des 22-23 juin, une procédure sur le choix des villes où seront transférées les deux Agences européennes situées au Royaume-Uni : l’Agence bancaire européenne et l’Agence européenne des médicaments. Comme pour le transfert de certaines activités bancaires, la concurrence sera rude. Un vote devrait avoir lieu en novembre prochain.

 

 

III – Vers une défense européenne : On avance à un rythme… européen, mais on avance.

 

Lors de ce même Conseil européen, sur proposition de la Commission et sous l’impulsion conjointe de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne, les vingt-huit chefs d’État et de gouvernement ont adopté le principe de la création d’un Fonds européen de la défense, qui comporte un volet « recherche », un volet « capacités » et un accord sur la proposition d’un programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense.

La demande de lancement d’une « coopération structurée permanente » dans ce domaine a été réitérée par le Conseil. Des propositions devront être faites dans les trois mois.

Depuis plus de deux mois, le rythme des travaux et des décisions des membres de l’UE s’est accéléré en matière militaire, le contexte extérieur s’étant beaucoup dégradé ces derniers temps. Mais le lien avec l’OTAN reste encore un pilier de cette défense européenne en gestation.

 

 

IV- Divers : Quelques explications sur des divergences entre les Etat membres

 

1 – La directive « travailleurs détachés » :

Cette directive a été adoptée en 1996, c’est-à-dire bien avant l’adhésion des pays de l’Est de l’Europe en 2004 et 2007 alors que le degré de convergence économique et social des quinze Etats-membres de l’époque était élevé. L’UE est confrontée à un dilemme opposant deux principes : celui de la libre circulation des personnes et celui d’une concurrence non faussée (souvent évoquée en parlant de « dumping social ». S’ajoute à ce dilemme et l’aggrave celui de la fraude. La Commission propose d’amender la directive de 1996 de façon à mieux lutter contre la fraude. Mais seuls des niveaux de protection sociale homogènes sont susceptibles de mettre un terme à cette difficulté.

 

2- « Europe ouverte, Europe fermée ou qui protège » :

C’est un sujet sur lequel il faudra revenir.

 

* Le Democratic Unionist Party (DUP), parti d’obédience protestante et conservateur, est plus attaché au maintien de liens étroits avec le Royaume-Uni qu’avec la République d’Irlande. Sa position est de nature à freiner le processus tendant à la réunification de l’île commencée après les accords du Vendredi Saint de 1998 qui ont mis fin aux sanglants conflits interreligieux des années précédentes. L’Irlande du Nord (l’Ulster) est actuellement sans gouvernement, le DUP et le Sinn Féin, d’obédience catholique, s’opposant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *