Juin 2017 : Brèves européennes par Christian Casper

Brèves européennes

(par Christian Casper)

 

I – L’élection d’un nouveau Président français et l’Europe

Un vent d’optimisme souffle sur l’UE après l’élection du nouveau Président de la République française, Emmanuel Macron, celui-ci ayant fait de l’Europe l’une des priorités de son quinquennat.

Symboliquement, et les symboles comptent, le ministère des Affaires Etrangères s’appelle désormais ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Après s’être rendu immédiatement après sa prise de fonction à Berlin où il a rencontré la chancelière Angela Merkel, il a reçu successivement le Président du Conseil européen puis le Président du Conseil italien. De son côte, le nouveau ministre français de l’économie a rencontré peu après son homologue allemand dont on connait l’attachement à une certaine orthodoxie économique et financière.

Un groupe de travail franco-allemand a été constitué. Il doit faire rapidement des propositions sur l’achèvement du l’UEM afin de donner une nouvelle impulsion au projet européen. Les points essentiels qui seront traités sont : l’instauration d’un fonds monétaire européen, la création d’un budget propre à la zone euro, la création d’euro bonds (obligations européennes), la nomination d’un ministre de l’économie et d’un gouvernement économique de la zone euro etc.

La proposition qui vise à mutualiser les risques est probablement la plus difficile à faire accepter par l’Allemagne.

Certaines des réformes envisagées ne pourront pas être effectuées sans modifications des traités.  Angela Merkel a dit ne pas y être opposée  « si cela fait du sens ».

La Commission a rendu public le 31 mai un « document de réflexion » sur l’avenir de l’UEM qui va dans le même sens que ce qui précède. 

 

II- Brexit

Le lundi 22 mai, la Commission a reçu des Vingt-Sept le mandat pour mener le « Brexit » à son terme. Celui-ci est conforme à la résolution adoptée le 29 avril. Le délai de deux ans fixé par le traité pour mener à terme le divorce s’achèvera donc fin mai 2019, ce délai pouvant être prorogé par une décision unanime des Vingt-Sept. Les négociations officielles commenceront le 19 juin, soit peu après les élections législatives du 8 juin au Royaume-Uni. Ce divorce s’effectuera en deux temps.

Dans un premier temps, les négociations porteront sur les modalités du divorce, et notamment sur les deux points suivants : 1) Les modalités financières, les Vingt-Sept réclamant 60 milliards d’euros au Royaume-Uni pour régler les engagements pris par ce pays dans le cadre du budget européen ; 2) La préservation du statut et des droits des citoyens pour les ressortissants européens installés au Royaume‑Uni et les Britanniques résidents dans l’un des pays de l’UE, ainsi que les droits sociaux liés à cette résidence que ce soit dans l’un des pays de l’UE ou au Royaume-Uni. Plus de quatre millions de personnes sont ainsi concernées, dont trois millions deux-cent mille Européens au Royaume-Uni.

Ce n’est que dans un deuxième temps que sera conduite la phase suivante des négociations. Elles porteront sur les contours du futur partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni post-Brexit. Elle ne pourra débuter qu’après« des progrès substantiels » concernant le divorce en tant que tel, en particulier la conclusion d’un accord sur les modalités financières de la séparation.                                                                                      

III- La situation en Irlande du Nord

Signés en 1998, les accords de paix qui ont mis fin aux conflits communautaires sont placés sous la supervision de l’Union européenne. Après le « Brexit », la crainte est d’assister à la mise en place d’une frontière, préjudiciable non seulement à tous les échanges entre le nord et le sud de l’île (la République d’Irlande), mais surtout au rapprochement entre les populations des deux parties de l’île qui est en bonne voie.

 

IV- La dette grecque

Actuellement, le FMI renâcle à débloquer un nouveau prêt qui permettrait à la Grèce de faire face à une échéance de 7,5 milliards d’euros en juillet prochain tant que les Européens ne s’engageront pas à alléger la dette de ce pays qui représente près de 180% de son PIB. Le FMI considère que cette dette est « insoutenable » et que, de ce fait, elle n’est pas de par ses statuts éligible à ses prêts. La RFA, qui est en période électorale, veut que le FMI soit toujours partie prenante en raison de « son sérieux ». Le gouvernement grec est pris « en étau » entre une opinion publique à laquelle on ne cesse de demander des efforts et les exigences de ses créanciers. Ce dossier empoisonne l’atmosphère au sein non seulement de la zone euro mais également dans l’UE, certains pays membres plus pauvres que ne l’est la Grèce considérant que ce pays jouit d’un traitement de faveur.

 

V- Vers une défense européenne ?                     

Au cours de sa visite des 24 et 25 mai en Europe (Otan, puis G7), le Président des Etats-Unis a fait état de ses réticences quant au respect de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord portant sur l’assistance mutuelle des pays signataires dans le cas d’une agression extérieure. Cette attitude a conduit à relancer la réflexion portant sur la création d’une défense européenne. Les réticences allemandes à ce sujet semblent, en effet se dissiper, le passé s’éloignant et les contentieux grandissant entre ce pays et les Etats-Unis en particulier dans le domaine commercial. Face à cette situation, la chancelière allemande  a déclaré « Nous, les Européens, nous devons vraiment prendre en main notre propre destin ».

Une telle option impliquerait que les pays-membres envisagent d’augmenter leurs dépenses dans ce domaine (l’objectif de 2% de leur PIB est ambitieux ; s’il était retenu, il impliquerait de rendre des arbitrages budgétaires).

L’attitude des Etats-Unis et le « Brexit » auraient eu ainsi pour conséquences de resserrer les rangs des pays-membres*.

 

 

 

* La décision du Président américain de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris de décembre 2015 sur le climat de ne peut que renforcer l’unité déjà forte de l’UE. 

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