La crise Syrienne

La crise Syrienne, une analyse de Manon Nour-Tannous

A la fin de l’année 2015, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon déclarait que les acteurs pouvant résoudre la crise syrienne étaient les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran et la Turquie. Cette liste qui comprend des puissances mondiales et régionales, ne compte ni la France ni aucun pays européen.

Cela pose la question de la politique française envers la Syrie, de son rôle, de son influence et de ses déterminants. Cette problématique s’inscrit dans le temps long. La Syrie a été sous mandat français dans l’entre-deux-guerres. Cette période est aujourd’hui instrumentalisée, par la France d’une part pour revendiquer une expertise et un rôle dans la résolution de la crise ; par le régime syrien d’autre part afin d’articuler et d’alimenter un discours de résistance aux interventions extérieures.

Mais pour bien comprendre le positionnement français sur la crise syrienne, il faut prendre en compte les relations entre deux pays indépendants. La politique étrangère française envers la Syrie est faite de fluctuations qui s’expliquent par la difficulté pour la France de trancher entre deux principes opposés :

  • l’entente avec des « friendly dictators », synonymes de stabilité dans une région à forte valeur stratégique et un désintérêt parallèle pour la question interne.
  • et une certaine méfiance envers ces mêmes régimes, qui ont déjà attenté aux intérêts de la France, sur son territoire ou sur la scène libanaise (on pense notamment aux années 1980).

Lorsque surviennent les manifestations de mars 2011 à Deraa, deux éléments contradictoires constituent ainsi l’arrière-plan de la politique française :

  • la relance des relations franco-syriennes par Nicolas Sarkozy, avec un pays considéré comme incontournable, couronnée par la visite de Bachar Al-Assad à Paris en juillet 2008.
  • et les leçons tirées de l’échec français sur la révolution tunisienne de décembre 2010-janvier 2011.

Ce double arrière-plan entraîne une hésitation sur le sens à donner aux manifestations de mars 2011. Une réticence tient à l’apposition sur la crise syrienne des schémas libanais et irakien d’instabilité. Celle-ci est dépassée quelques semaines plus tard, lorsque le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pose un diagnostic – qui sera constant – celui d’un soulèvement populaire contre une dictature, en réintroduisant le facteur peuple :

« Trop longtemps, nous nous sommes consciemment ou inconsciemment un peu trop limités dans nos contacts, limités aux gens en place si je puis dire »[1].

Dès lors, la politique française est marquée par un activisme sur la scène internationale. Il s’agit pour la France de défendre une vision, et donc de tenir son rang sur la scène internationale. Lors de la XXIème conférence des ambassadeurs, le 27 août 2013, François Hollande parle de la France comme d’une « puissance repère ». Laurent Fabius inscrit cette même conférence sous le thème « La France, puissance d’influence ».

Dans ce projet, la crise syrienne, sur laquelle l’expertise française est reconnue, est un cas pratique important. La condamnation du régime syrien est associée à un soutien – non sans une certaine ambiguïté – à l’opposition syrienne, rhétorique mais aussi en termes d’institutionnalisation et de légitimation à l’international.

L’échec de cette attitude se cristallise autour de l’épisode de l’été 2013 et de la différenciation entre la politique française et celle de son allié américain. Les attaques chimiques qui ont lieu dans la banlieue de Damas, constituant le franchissement de la « ligne rouge » posée par Barack Obama, ne sont suivies d’aucune réaction militaire.

Un accord technique russo-américain de désarmement désamorce la crise et consacre la mise à l’écart de l’expertise française.

L’amplification du phénomène jihadiste qui s’ensuit confirme le recul de l’analyse française, ni-Assad, ni-Daech, au profit d’une focalisation de tous les acteurs sur la lutte contre le terrorisme.

Cette grille de lecture est celle adoptée par les alliés du régime syrien (Russie, Iran), avant même qu’elle ne recouvre la moindre réalité. Son adoption désormais par ses opposants (notamment les Etats-Unis) se traduit par l’adoption d’une politique à la fois réactive et émotive qui a peu à voir avec les origines de la crise syrienne.

Mais l’endiguement proposé par le président américain ne peut convenir à une Europe, touchée par les flots de réfugiés et par de nombreux actes de terrorisme.

Aussi le cas syrien est-il également porteur de cet enjeu, d’une politique européenne qui se voudrait un contrepoids à la fois à la volonté russe et à l’absence de volonté américaine.

[1] Intervention d’Alain Juppé au colloque « Printemps arabe », Institut du Monde Arabe, 16 avril 2011.

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