La démographie allemande, un débat organisé par ARRI 23 mars 2017

Invitée de ARRI, Madame Brigitte Lestrade, professeur émérite de civilisation allemande contemporaine, donnait une conférence sur le thème de La démographie allemande.

Alors que l’Allemagne accumule les performances économiques, que sa balance courante est excédentaire (350 milliards d’euros en 2016) et qu’elle est proche du plein emploi avec un taux de chômage de 6 % (8 % chez les moins de 25 ans), sa démographie est, comme dans de nombreux pays d’Europe, préoccupante puisque son taux de fécondité est de 1,4. Les projections montrent qu’en 2050 la France aurait une population supérieure à celle de l’Allemagne.

 

Historiquement, la place donnée à la femme peut se résumer dans les trois K : kindern, küche, kirche. Ce statut dégradé était admis par les femmes elles-mêmes.

La première femme bachelière l’a été en 1896, soit 30 ans après la France.

Les femmes ont obtenu le droit de vote en 1918.

 

Avant la réunification, en Allemagne de l’Est, l’idéologie communiste ne pouvant pas admettre l’existence du chômage, les femmes avaient un emploi. Ce travail était très faiblement qualifié et peu rémunéré mais accompagné d’une politique familiale.

La réunification a constitué un double choc pour le monde du travail puisqu’il a été confronté à une économie ouverte et compétitive et à une monnaie forte, le deutsche mark, introduit à l’Est sans délais pour des raisons politiques.

 

A l’Ouest, beaucoup de femmes occupent souvent un emploi à mi-temps. Quand leurs revenus sont modestes, les ménages ne se décident pas facilement à avoir des enfants. Si des aides familiales existent, il n’y a pas de politique nataliste en raison des réminiscences de la culture des trois K. Enfin, le nombre d’infrastructures d’accueil (crèches, maternelles) est insuffisant.

A cela s’ajoute que les jeunes couples ont le désir de transmettre des biens à leurs enfants ce qui n’est pas incitatif.

On assiste donc à un vieillissement accéléré de la population salariée. Il est cependant politiquement délicat de repousser l’âge de la retraite qui est progressivement porté de 65 à 67 ans.
Beaucoup de femmes préfèrent privilégier leur carrière et ne veulent pas avoir d’enfants. C’est le cas d’une femme sur trois dans les milieux universitaires.

Enfin, après la vague migratoire de 2015 (un million d’immigrés), le taux d’acceptabilité atteint des limites, ceci d’autant plus qu’on a affaire à de nouveaux migrants, d’origine turque le plus souvent, des hommes jeunes peu formés qui s’intègrent mal, l’apprentissage de la langue ayant faibli.

 

Taux de fécondité en berne, faible marge de manœuvre pour augmenter le temps de travail des salariés âgés, rapide employabilité des jeunes grâce à un apprentissage performant, acceptabilité de l’immigration en baisse, recours très marginal à de la main d’œuvre européenne de pays voisins frappés eux aussi par un faible taux de fécondité : l’économie allemande est confrontée à un grave défi. Le recours aux robots, dont l’efficacité progresse, est une solution dont la portée est limitée actuellement dans la mesure où ils sont plutôt adaptés à la réalisation de tâches répétitives. De plus, les métiers évoluent très vite.

 

Une comparaison avec la France voisine serait d’autant plus intéressante que ce pays a des performances très différentes de celles de l’Allemagne (taux de fécondité proche de 2, taux de chômage légèrement inférieur à 10 %, dont 25 % chez les moins de 25 ans, balance courante déficitaire depuis plusieurs années etc.).

 Christian Casper

 

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