La question des migrants en débat à l’hôtel de l’industrie

Le 17 décembre 2015

 

Le 17 décembre dernier, à l’Hôtel de l’Industrie, Christophe Leonzi, directeur adjoint de l’Union européenne au Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAFDI) ; Hélène Thiollet, chercheuse au CERI-Sciences Po et Nathanaël Molle, président de SINGA France étaient interrogés par Antoine de Galzain, directeur de France Bleu 107.1.

Jean-Marie Cavada, président du Mouvement européen-France, a introduit la réunion en rappelant que, au cours des trois guerres des XIXe et XXesiècles qui les ont frappés, de nombreux Européens fuyant les combats ont eu de bonnes raisons de traverser le continent, le plus souvent d’est en ouest. Et il est étonnant que, aujourd’hui, les mêmes et leurs enfants se montrent si frileux pour accueillir les nouveaux migrants qui, venus du sud, tentent d’approcher le nord, et si critiques à l’endroit des frontières extérieures de l’Europe comme si la défense de ces frontières dépendait de l’Europe… alors qu’elle est du ressort de chaque pays membre ! Les Etats européens adversaires de l’Europe ? On voit combien l’attitude de la Hongrie ou même de la Pologne qui en leur temps ont apprécié l’attitude de leurs voisins de l’ouest est malvenue et combien une approche globale européenne fait défaut !

Hélène Thiollet a indiqué qu’il faut en premier lieu distinguer les réfugiés nationaux qui, fuyant les violences locales, se déplacent à l’intérieur de leur pays (30 millions de personnes) des réfugiés internationaux qui émigrent vers d’autres pays (ils sont de 50 à 60 millions).
Il faut également observer la géographie de l’exil qui a principalement pour origine les pays pauvres et les pays en guerre. 86 % des déplacés sont des « damnés de la Terre » venant et se déplaçant à l’intérieur de pays pauvres. Les exilés de la guerre se déplacent principalement à l’intérieur de leur pays ou des pays proches : par exemple les Syriens ne se rendent pas en masse vers l’Europe.

Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), ajoute-t-elle, prend en charge à peu près la moitié les personnes dans des camps de réfugiés hors d’Europe. Les plus nombreuses s’installent par leurs propres moyens ou se trouvent livrées à elles-mêmes, le plus souvent dans les pays du sud. Les populations financées et assistées ne sont pas les plus importantes en nombre.

Enfin, contrairement à ce qui se dit, la période actuelle ne connaît pas de migration de masse exceptionnelle : les mouvements migratoires d’aujourd’hui sont moins importants en pourcentage de la population que ceux du XIXe siècle.

Pour Christophe Leonzi il faut inscrire la crise des migrations dans le temps long. Si l’Europe connaît des flux migratoires depuis longtemps, leur intensité et leur origine varient dans le temps : la diversité s’observe dans :

  • le choix du chemin d’émigration : transit par la Turquie ou les Balkans ;
  • la cause : raison économique ou de violence ;
  • le mode d’émigration : volontaire ou recours à des réseaux de passeurs souvent mafieux et criminels ;
  • la situation entre pays d’arrivée des migrants (Grèce, Italie) et pays recherchés (Allemagne, Suède, Autriche) ;

Les réponses globales de l’Europe se font à trois niveaux :
– la solidarité : sauvetage, accueil, identification, répartition, aide et soutien ;
– le contrôle des frontières : renforcement (augmentation du nombre de gardes-frontières) ;
– l’action extérieure : travail avec la Turquie ; travail avec l’Afrique (sommet de La Vallette).
Le budget alloué pour 2015/2016 est de 9 milliards d’euros.

De nombreuses questions sont venues de la salle, au sujet du regroupement familial (c’est un des « droits de l’homme » fondamentaux), des procédures de naturalisation qui diffèrent selon l’état concerné (la « nationalité européenne » pourrait être une réponse du fédéralisme abouti) ; de l’attribution des aides financières ; du statut de réfugié ; la lutte contre les réseaux mafieux (cf. l’accord du 29 novembre avec la Turquie : coopération militaire et policière renforcée, aide du HCR pour accueillir les réfugiés, renseignement…).

A la suite de ce débat très animé, Nathanaël Molle a présenté son association SINGA-France dont l’objectif est l’accueil des réfugiés et leur intégration sur le long terme : cours de langue, participation à activités sociales et sportives, aide aux projets d’insertion des réfugiés…
Une initiative qui a suscité l’intérêt des participants qui ont posé de nombreuses questions et ont noté l’adresse de l’association : singa.fr

Sur cette question comme sur tant d’autres l’Europe que nous aimons pêche par son manque de vision, sa difficulté à imaginer une solution commune aux problèmes qui se succèdent.
Quand les Etats européens et les Européens eux-mêmes seront-ils enfin prêts à un peu plus de fédéralisme et un peu moins d’égoïsme ?

Cécile Bernon

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