Mai 2017 – Les Français et l’Euro, par Christian Casper

Après l’élection présidentielle de mai 2017,
réflexions sur l’attachement des Français à l’euro et sur la relance du projet européen

L’attachement des Français à l’euro signifie-t-il qu’ils sont également attachés avec la même fermeté à l’Europe et à la construction européenne ? Rien n’est moins sûr comme l’élection présidentielle qui vient de se terminer le 7 mai l’a montré, de nombreux candidats ayant fait état de réserves à l’égard de cette construction tandis qu’une candidate a été la seule à faire campagne pour la sortie de la France de l’euro ce qui lui a porté un grave préjudice électoral.
Un passé encore récent rappelle aux Français la fragilité du franc abîmé par de fréquentes dévaluations. Leur appétence pour l’épargne, leur faible goût pour le risque, trouvent dans l’euro une assurance de qualité. Peu importe dans ces conditions que l’euro soit une monnaie partagée avec d’autres, les pays membres de la zone euro, zone dont ils ne savent pas grand-chose, pilotée avec prudence et clairvoyance par la BCE, dont ils savent également peu. 
A un moment où le projet européen piétine, où sa lisibilité faiblit, où son avenir suscite des interrogations, l’euro est l’élément de loin le plus tangible de la solidité de ce projet à la fois pour les classes aisées et, c’est à remarquer, pour les classes populaires. 
Le renforcement d’une zone euro qui a ses lacunes et ses désordres est la voie qui semble la plus appropriée pour relancer le projet européen.

Contrairement à ce qui est souvent écrit en France, l’euro ne souffrirait pas de son « incomplétude » (absence d’un budget européen et d’une gouvernance politique propre) si les performances des économies des dix-neuf pays membres convergeaient, ce qui n’est pas, loin de là, le cas. Et c’est à tort qu’on a crû lors de la conclusion du traité de Maastricht que la convergence résulterait de l’introduction d’une monnaie unique. Si on ajoute qu’en dépit du bon sens la zone euro s’est rapidement étendue pour devenir un ensemble économique hétérogène, on réalise à quel point la crise de dettes souveraines de 2010 a été cruciale. Seuls des pare feux qui ont pris la forme de traités de circonstances (le TSCG ou pacte budgétaire européen et le Mécanisme européen de stabilité doté d’un fonds d’intervention de 700 milliards d’euros), ainsi que l’intervention bienveillante de la BCE (sans compter l’intervention du FMI, organe extérieur à l’UE), ont permis de garder la situation sous contrôle sans pour autant lui apporter une solution durable.

Quelles seraient ces solutions?

Elles tournent autour de cette notion de convergence. Doit-elle se faire par le haut, par le bas, ou à l’issue de la négociation d’un laborieux compromis ?
Si se séparer des pays dont on peut dire qu’ils seront durablement défaillants n’est pas dans « la culture européenne » et qu’il faudra leur réserver un statut « ad hoc », les solutions réalistes tournent autour de cette problématique : obtenir des pays les plus économiquement  performants soit de l’être moins, soit de faire preuve de plus de « solidarité  » envers ceux qui le sont moins tout en demandant, à ces derniers de faire des efforts i.e des réformes structurelles.

Choisir n’est pas une chose simple surtout quand les divergences entre les pays membres sont à certains égards culturelles.
Mais l’inertie affecterait rapidement l’euro, c’est-à-dire sa valeur, conduisant rapidement à des tensions au sein de l’UE et au risque de voir les forces centrifuges s’affirmer.

Christian Casper

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