L’Europe politique en panne, par Thierry Defrance et Christian Rumelhard

Le Mouvement Européen – Paris entend être un lieu d’échange où les points de vue doivent pouvoir s’exprimer pour expliquer nos institutions, analyser ses difficultés, combattre les fausses nouvelles, explorer des solutions, proposer des améliorations.  Dans ce but, nous souhaitons ouvrir notre site à la publication de certains articles envoyés par nos membres.

Profondément attachés au projet européen, Thierry Defrance et Christian Rumelhard se proposent d’écrire quelques articles sur les difficultés actuelles de l’Union et ses perspectives d’avenir.

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L’Europe politique en panne

Le monde est en plein bouleversement. L’OTAN se délite, l’Amérique de Donald Trump s’isole et se préoccupe essentiellement de ses relations avec la Chine qui est en train de devenir la première puissance mondiale tout en étant un régime non démocratique.

Quant à l’Europe, elle est aussi l’objet de mouvements chaotiques.

La Grande Bretagne est empêtrée dans le Brexit. Les dirigeants du Royaume Uni se déchirent entre eux pour choisir le meilleur chemin vers la sortie de l’Union Européenne et Donald Trump incite sans vergogne son « allié » à adopter un Brexit dur.

 L’Allemagne va mal : la coalition qui soutient Angela Merkel est tétanisée par la montée de l’AfD. Angela Merkel est aussi malmenée par son ministre de l’intérieur CSU qui veut une politique très dure envers les migrants dans l’espoir de grignoter quelques voix à l’extrême droite.

Par ailleurs, la Hongrie, la Pologne, l’Italie, l’Autriche, la République Tchèque deviennent des démocraties illibérales. Certaines vont contre un principe de base de la démocratie : la séparation des pouvoirs, en particulier pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire. Voir les procédures en cours contre la Pologne et la Hongrie. Ces pays refusent catégoriquement de se répartir les migrants et cherchent à faire un bloc qui prône ces idées en Europe. L’Italie et Malte ont réussi de leur côté à immobiliser les bateaux des ONG essayant de sauver des migrants en Méditerranée.  Ces idées sont aussi relayées par des partis populistes aux Pays Bas, en France ou en Suède. Quitte à ce que les dernières élections en Suède remettent en cause un régime exemplaire tant du point de vue social que pour sa réussite économique ou pour l’accueil des migrants.

En France Emmanuel Macron poursuit son soutien à l’approfondissement de l’Union Européenne et de la zone Euro et veut sanctionner les pays qui enfreignent l’état de droit. Il prône aussi une gestion européenne des migrations tout en menant lui-même une politique très dure vis-à-vis de ces mêmes migrants. En tout cas, il est de plus en plus seul pour défendre ces idées.

Face à des décisions prises au niveau mondial, l’Europe a raté des occasions de manifester sa volonté et sa vitalité.

Lorsque Donald Trump quitte l’accord international sur le climat (COP 21), l’Europe pourrait se manifester comme moteur dans ce domaine. Mais aujourd’hui, l’Europe est surtout connue pour le diesel gate, l’addiction de l’Allemagne au charbon, le fait que la France est empêtrée dans le nucléaire exclusif et ses déchets et se montre incapable de maitriser techniquement et financièrement le renouvellement de la filière. Quant au rachat de Monsanto par Bayer, il n’arrête pas les demandes de compensations  financières pour les victimes des pesticides, mais arrête les procès à caractère pénal.  Sur ces points, l’Europe souffre de la comparaison avec ce qui se fait  par exemple en Californie.

Lorsque les USA quittent l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015 avec Téhéran, l’Europe dispose d’une loi « de blocage » qui vise à neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions américaines et la Banque Européenne d’investissement a des mécanismes pour soutenir le financement des entreprises travaillant en Iran. Mais en réalité, le retrait des entreprises européennes a « pris l’allure d’une débandade » (1) car les états de l’UE ne sont en réalité, pas en mesure de préserver l’accord de juillet 2015.

En ce qui concerne la défense, Donad Trump demande aux européens d’augmenter, dans le cadre de l’OTAN, leur financement pour acheter des armements américains. Cela peut être l’occasion de créer une défense européenne autonome. La mise en place d’une Coopération Structurée Permanente à géométrie variable au niveau européen est pour l’instant modeste. Souhaitons qu’elle monte en puissance.

A Helsinki, le 16 juillet, Vladimir Poutine marque son désir de s’entendre avec les USA sur le dos de l’Europe, prenant ainsi sa revanche sur le soutien européen à l’Ukraine dans l’annexion de la Crimée.

Quant à la Chine, faute d’un accueil favorable en France ou en Allemagne à son projet de « nouvelles routes de la soie », elle introduit la division en Europe en développant sans résistance ses projets d’infrastructure dans les états d’Europe centrale ou orientale. Voir par exemple l’achat du port du Pirée en Grèce.

De même, l’Europe se caractérise-t-elle par une absence d’une politique étrangère commune et l’absence d’une politique financière et monétaire commune. Sur tous ces sujets, il apparait surtout une absence de politique à long terme.

Pour le côté anecdotique mais significatif, un éditorialiste en géopolitique très pro-européen de France Inter annonce qu’il arrête sa chronique quotidienne car il ne peut plus suivre les bouleversements du monde qui sont trop considérables. Ces mêmes radios font aussi appel à des ténors en sociologie politique qui nous rappellent les conditions  pour avoir une démocratie vivante.

Dans ce cadre, il est urgent de continuer les débats sur les choix menant à une démocratie active et d’une entité telle que l’UE qui influence le reste du monde, mais pas sans faire l’impasse sur les troubles existentiels qui caractérisent l’Europe d’aujourd’hui.

Thierry Defrance et Christian Rumelhard

 

(1)  François Géré, Assaut général contre l’Union Européenne, Le Monde du 9 août 2018

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