Libres propos de Christian Casper – Octobre 2018

Octobre 2018 : une nouvelle fois en Europe c’est l’actualité du Brexit au Royaume-Uni, de la dette Italienne et de l’annonce de la fin du règne d’Angela Merkel en Allemagne , qui a retenu l’attention de Christian Casper

I- Brexit ?

Alors qu’on s’attendait, lors du Conseil européen du 17 octobre, à un accord de principe susceptible d’être finalisé lors d’un Conseil extraordinaire prévu mi-novembre, les négociations ont été soudainement interrompues. Si un accord avait été obtenu, il aurait encore été temps de rédiger un Accord de retrait et de le soumettre à la ratification du Parlement européen et du Parlement du Royaume-Uni avant l’échéance du 29 mars 2019.

Il est probable que les équipes de négociateurs travaillent jour et nuit pour tenter de résoudre le point le plus controversé, celui « backstop » (filet de sécurité) entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord (l’Ulster) pour essayer de rester dans le cadre du calendrier, désormais très serré, initial.

Une nouvelle proposition a cependant été mise sur la table dernièrement, celle d’une extension d’un an, ou plus, de la période de transition fixée jusque-là au 31 décembre 2020, pour tenter d’apaiser la tension sur la question de la frontière à l’intérieur de l’île d’Irlande.

Une extension de la période de transition serait une alternative au « backstop » pour éviter le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande, le « backstop » étant rejeté par Londres car en maintenant uniquement l’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique, il porterait atteinte à l’intégrité du Royaume-Uni.

Une extension de la période de transition est vivement contestée par « les Brexiters » qui exigent que la sortie du Royaume-Uni soit rapide et intégrale. Ils critiquent avec virulence que le Royaume-Uni soit amené à poursuivre sa participation au financement de l’UE sans pour autant avoir de droits de vote. De plus, elle ne permettrait au Royaume-Uni ni de négocier ni de conclure des accords de libre-échange avec des pays tiers.

L’opinion publique britannique et le Parlement restent profondément divisés entre le « leave » et le « remain », compliquant la tâche ardue d’une Première Ministre, Theresa May, qui doit de battre sur plusieurs fronts.

Elle pourrait avoir à faire face à un vote de défiance qui serait demandé par son propre parti.

II- Italie

Le 23 octobre, la Commission a pris une décision sans précédent en rejetant le budget présenté par le gouvernement italien pour non-respect des règles du pacte de stabilité et de croissance et en lui enjoignant de lui présenter un budget révisé sous trois semaines.

Deux légitimités d’affrontent dans ce conflit, celle d’un gouvernement issu des urnes qui a présenté un « budget du peuple » selon l’expression d’un de ses dirigeants et celle d’une institution chargée d’appliquer les dispositions des traités conclus et ratifiés par les Etats-membres, dont l’Italie.

Il est peu probable que la Commission poursuive jusqu’au bout l’ouverture éventuelle d’une procédure pour « déficit excessif » si l’Italie ne s’inclinait pas.

En revanche, la note de la dette de ce pays (elle s’élève à 130 % de son PIB) a été dégradée par l’agence MOODY et les marchés pourraient exiger de bénéficier de taux d’intérêt plus élevés pour acheter des obligations de ce pays ce qui accroitrait sa dette. De plus, certains pays de l’UE dont la santé économique et financière est fragile pourraient craindre de suivre le sort de l’Italie. Enfin, les écarts (« le spread ») entre les taux allemands et italiens qui sont déjà de plus de 300 points pourraient affecter la solidité de l’euro.

Cette affaire met, une fois de plus, en exergue la nécessité de la convergence économique et financière des pays membres de la zone euro.

Plus fondamentalement, il y a lieu de s’interroger sur la cohabitation entre :

– un gouvernement national élu par les citoyens de ce pays ;

– une UE qui fonctionne en s’appuyant sur des traités conclus par plusieurs Etats selon des règles fixées par eux et que des gouvernements, élus par la suite, enfreignent ;

– les marchés globalisés et des institutions comme la BCE, le FMI qui sont, en définitive, les juges quand des mécanismes correcteurs n’existent pas ou sont insuffisants pour sauver des Etats dont le montant des dettes publiques n’a plus rien à voir avec les limites fixées dans les traités.

En 2015, le gouvernement grec a organisé un référendum pour rejeter les conditions du plan de renflouement imposées par la BCE, la Commission et le FMI. Le référendum lui a donné raison après quoi il a cédé devant les exigences de ces institutions.

III- Allemagne

Les élections du 14 octobre dans le Land de Bavière ont confirmé le net fléchissement des partis traditionnels allemands : la CDU-CSU et le SPD, les Verts, les Libéraux et l’AFD augmentant leurs scores de façon significatives.

Au niveau fédéral, la position de la Chancelière et celle de sa coalition, déjà fragilisées après les élections législatives de septembre 2017, sont très affaiblies.

Angela Merkel a décidé de ne pas présenter sa candidature lors du Congrès de la CDU de décembre prochain.

En attendant ce pays, dont l’économie est dominante dans l’UE, pourra difficilement prendre des initiatives politiques fortes dont l’UE a pourtant grand besoin alors qu’elle traverse une période difficile avec l’irruption de l’illibéralisme dans de nombreux pays membres de l’UE du nord et du sud, riches et moins riches. 

Christian Casper

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