Newsletter du ME Paris, mai 2020 : l’édito de Jean-Claude Houdoin, président

« Les jours d’après … »

Par Jean-Claude Houdoin

La crise sanitaire n’est pas encore terminée et, même si COVID 19 continue à faire des ravages, il semble avoir perdu une bataille : nous enregistrons, une diminution du nombre des cas d’hospitalisations de personnes gravement infectées et une baisse de la mortalité. Tant que le virus circule, nous devons rester vigilants et n’envisager de tirer tous les enseignements que plus tard.

Si certains pays ont été plus gravement touchés, tous ont été fortement affectés et ont été amenés localement à décider dans l’urgence l’achat d’équipements sanitaires, la relance d’investissements dans la recherche de médicaments ou de vaccins, des mesures mesures coûteuses de soutien comme le chômage partiel et le report des charges … L’actualité, aujourd’hui est de remettre en route la machine économique que nous avons mise en sommeil pendant trois mois.

Tous les secteurs de l’économie n’ont pas vécu 54 jours de confinement avec la même intensité, mais presque tous vont enregistrer des pertes d’exploitation d’une ampleur comparable à celles de 1929, avec d’inévitables faillites et des plans de rigueur préjudiciables à l’emploi. Déjà en avril, le chômage (catégorie « A ») a explosé en France (+22 %). Pour en atténuer les effets sur les ménages et éviter des explosions sociales les Etats européens envisagent de relancer localement, mais aussi ensemble, leur économie.

Pendant la crise, on a beaucoup reproché, à tort[1], aux institutions européennes d’être absentes où trop timides face à la crise sanitaire, alors que le domaine de la santé n’entre pas dans leurs prérogatives. On ne peut pas aujourd’hui les critiquer sur les initiatives ambitieuses qu’elles proposent en plus de ce qu’elles ont déjà décidées. Ainsi, la BCE, le 9 mars, a lancé un Plan d’achats d’urgence pandémie (PEPP) de 750 milliards d’euros pour contenir les répercussions de la crise sanitaire, le 27 mai la Commission a présenté un plan de relance portant aussi sur 750 milliards d’euros : deux femmes à la tête de deux institutions européennes nous proposent 1 500 milliards d’euros, ce n’est pas rien !

Si officiellement, cette proposition n’est pas une émission d’« eurobonds » ou de « coronabonds », elle marque néanmoins une évolution de l’Union vers plus de solidarité et plus de fédéralisme. La porte a été ouverte lors de la conférence de presse commune du Président Macron et de la Chancelière Merkel le 18 mai qui proposaient un fond de relance économique de 500 milliards € portant sur trois domaines : la santé, l’économie, la transition écologique et numérique. L’étape suivante sera peut-être franchie les 18 et 19 juin lors du sommet des chefs d’Etats si ceux-ci parviennent à se mettre d’accord. Il appartiendra ensuite au Parlement européen d’approuver, amender le projet. Sa mise en place prendra aussi du temps, en effet il n’est pas envisageable de lever 750 milliards du jour au lendemain, comme il ne serait pas non plus sérieux de financer sans études et justificatifs les secteurs économiques. Dans la proposition de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, il est prévu de consacrer 500 milliards sous la forme de subventions et 250 milliards en prêts (donc remboursables à échéance) et qui seront eux-mêmes utilisés pour rembourser une partie de la dette de l’UE à ses prêteurs. La partie « subventions » sera intégrée au budget de l’Union et donc à la charge des Etats membres sur une période de 30 ans à partir de 2028.

Il y a deux mois je vous rappelais, qu’il y 230 ans presque jour pour jour (le 20 juin 1790), au cours d’un dîner[2], James Madison, Alexander Hamilton se réunissaient chez Thomas Jefferson à New-York, pour négocier le choix de la future capitale des Etats-Unis et la prise en charge des dettes des Etats par le nouveau Gouvernement fédéral (« the assumption plan » qui fut voté par le Congrès le 18 juillet).

Certes si les similitudes sont troublantes (fédéralisation des Etats de l’Union), la situation américaine de la fin du 17e siècle et celle de l’Europe au début du 21e siècle sont évidemment très différentes, mais elles donnent de l’espoir à une Union européenne qui en a bien besoin et peut être le point de départ d’une nouvelle évolution majeure de sa construction.

[1] https://ec.europa.eu/info/live-work-travel-eu/health/coronavirus-response/timeline-eu-action_fr

[2] Voir l’article de Jean-Guy Giraud : « Diner at Jefferson’s » ou comment les Etats-Unis créèrent la dette publique fédérale -9 octobre 2011

https://pressefederaliste.eu/commente-les Etats-Unis-creerent-la-dette-publique-federale

 

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