Notes depuis Skopje

Le 15 juin 2019, une délégation de membres d’Eurocapitales et du Mouvement européen – Paris se rendait à Skopje pour une rencontre sur le thème

« Du partenariat à l’adhésion à l’Union européenne : quel cheminement ?

La Macédoine-du-Nord dans une perspective franco-allemande ».

Son Excellence Christian Thimonier, ambassadeur de France en Macédoine-du-Nord, Davor Pasoski, de l’Adenauer Foundation et Muhamed Halili, vice-président Mouvement européen Macédonien étaient présents autour de Mileva Gjurovska présidente du Mouvement européen.
En ouvrant la séance, cette dernière a indiqué que l’élargissement de l’Union à son pays constitue pour lui un appel au progrès.
L’ambassadeur de France de son côté a rappelé les motivations des élargissements successifs de l’UE, en particulier le renforcement de la démocratie et de l’état de droit. Et dernièrement, il a aussi insisté le rôle actif que doivent jouer les parlements nationaux dans la construction de cette Europe démocratique. Pour illustrer son propos il a cité l’exemple du renouvellement du traité franco-allemand donne plus de force aux parlements, en associant 50 parlementaires de chaque Pays pour renforcer l’harmonisation et l’amitié entre la France et l’Allemagne.
L’UE a donc démontré sa capacité à intégrer et les opinions publiques ont montré leur intérêt pour l’UE, cependant la citoyenneté européenne est encore à bâtir. Les différences culturelles et les questions institutionnelles à prendre en compte sont diverses ; il faut donc rester fidèle à l’idée de critères et surtout être clair.
Face aux difficultés dues à la mondialisation, les peuples européens s’interrogent. Il faut à la fois être réaliste (en entrant dans le club disait Jacques Chirac, il faut accepter les règles du club) et arriver à construire dans la liberté et selon la philosophie de chacun, une nouvelle souveraineté avec la société civile (rôle du Mouvement européen, de la Fondation Adenauer…). Un travail de fond est nécessaire et pour dépasser les querelles politiciennes, faire revivre les régions, multiplier les échanges, développer des programmes éducatifs et favorisent la réconciliation (OFAG, RICO).

Après ces propos introductifs, Jean-Paul Doguet, Président d’Eurocapitales a présenté ses réflexions sur les concepts d’approfondissement et d’élargissement qui ont marqué la construction européenne.
Les seuils d’approfondissement et d’élargissement ne sont pas harmonisés dans le temps. L’élargissement a conduit géographiquement l’Europe à devenir l’une des unions importantes dans le monde en superficie, en population, en PIB, en puissance économique et commerciale.
L’approfondissement est l’établissement de relations qui rapprochent les hommes et renforcent la coopération entre les institutions de chaque pays de l’Union. Plus la coopération est forte et plus la volonté politique est présente, plus il est possible d’élaborer des projets communs, d’accroître le poids de l’Union dans les négociations internationales. On peut supposer que les votes négatifs de la France au Traité Constitutionnel en 2005 et le vote pro-Brexit de la Grande-Bretagne en 2016 sont des votes négatifs adressés au grand élargissement de l’Union en 2004. Ils valent comme des avertissements face à une non prise en compte de l’articulation approfondissement-élargissement. Le président conclut sur la question de savoir si les Français approuveraient l’adhésion de la Macédoine du Nord. Il estime que cette adhésion est possible et souhaitable et ne menacerait pas la cohésion de l’UE.
Dès 1990 selon l’ambassadeur de Macédoine au DK, son pays était perçu comme stable et capable d’intégrer l’UE avant les autres états des Balkans et le retard imposé par l’opposition de la Grèce est apparu comme une injustice.

Au cours du débat, nous nous sommes aussi interrogés sur la question de savoir si l’intégration des Balkans pouvait se faire pays par pays où ensemble ? A l’égard de l’acquis communautaire et du respect des critères d’intégration les pays de la région ne sont pas au même niveau, et attendre que tous le soient serait pour ceux qui ont fait des efforts et surtout pour leur population une attente insupportable.  La Macédoine du Nord reconnaît qu’elle doit encore progresser sur la maîtrise de la lutte contre la corruption mais qu’elle est globalement beaucoup plus avancée que certains de ses voisins. Le peuple macédonien est conscient de la nécessité d’adapter son environnement juridique pour promouvoir la prééminence du droit, mais se résigne mal à attendre la « bonne volonté » de certains pays européens qui ne souhaitent pas l’élargissement. Par ailleurs sur le plan de la politique intérieure, les partis extrêmes n’hésitent pas à fantasmer sur la tentation de l’Albanie à élargir son territoire (la « Grande Albanie ») en s’appuyant sur une importante communauté albanaise locale.

François Lafond, en tant que médiateur du débat insiste sur la nécessité de travailler à la recherche d’un consensus entre les pays et d’un rapprochement entre les peuples des différentes communautés plutôt qu’encourager la division. Il met en avant le cas franco-allemand, qui après trois guerres, a su créer au sein de l’Europe une communauté d’intérêt, une intégration dans des projets communs, la coopération industrielle et le partage de responsabilités au sein de l’Union et de la zone euro de même que l’amitié entre les peuples.

 La salle a aussi abordé le sujet des investissements européens en Macédoine et, en particulier, la présence plus importante des entreprises allemandes et italiennes que françaises. Si la France comme l’Allemagne dispose d’un réseau de grandes entreprises, le tissu d’entreprises moyennes est moins dense en France qu’en Allemagne et même en Italie et ce sont ces entreprises de tailles intermédiaires qui exportent et sont plus présentes en Macédoine du Nord.

Enfin, si des efforts sont réels dans le rapprochement entre la Macédoine du Nord et l’Union européenne, l’écart est encore important entre le fonctionnement des administrations. Les négociations seront longues, parfois laborieuses et des reports de date frustrants attiseront l’impatience des Macédoniens ! La question de l’élargissement de l’UE aux six pays des Balkans occidentaux demeure un sujet de divisions entre les pays membres, comme l’illustre la décision du dernier Conseil (18 juin) de reporter à octobre l’ouverture ou non des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

En organisant des échanges entre les citoyens des Pays européens, qu’ils soient déjà membres de l’Union où qu’ils aspirent à le devenir, Mileva Gjurovska, Présidente du Mouvement Européen de Macédoine du Nord et Jean-Paul Doguet, Président d’« EUROCAPITALES »,  ont tenu à remercier les intervenants pour leur contribution et leur accueil.

Notes de Cécile et Jean-Claude Houdoin

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