Retour sur le déjeuner débat du lundi 11 décembre : Dernières évolutions géopolitiques au Proche-Orient par Pierre Razoux (propos recueillis par Christian Casper)

Assortis de cartes, les propos de Pierre Razoux peuvent se résumer comme suit :

 

Une ligne récente divise  la région avec :

 

– au Nord, un bloc Russie-Iran, la Russie par sa présence militaire sur le terrain, l’Iran par ses milices (gardiens de la révolution en Irak) et par des organisations locales (Hezbollah au Liban, Hamas en Palestine), ce pays cherchant à constituer un corridor terrestre reliant Bagdad, Damas et Beyrouth qui lui permettrait d’accéder à la Méditerranée. Ce rapprochement entre la Russie et l’Iran est largement dû aux échecs américains en Irak et en Syrie. Il pourrait être fragile, les deux pays se méfiant l’un de l’autre et étant concurrents pour leurs exportations d’énergie.

 

– au Sud, un bloc Etats-Unis, Egypte, Israël et récemment Arabie Saoudite et Emirats. Ce bloc serait plus dans une logique d’endiguement que de conflit.

 

Il reste un acteur majeur, la Turquie, pays membre de l’OTAN, dont l’activité est désordonnée dans une région qui n’en a pas besoin.

 

Le conférences de paix d’Astana sur la Syrie n’ont pas donné de grands résultats. Si la Russie et l’Iran sont favorables au régime en place, la Turquie soutient plutôt les mouvements d’opposition modérés.

 

Il existe des zones de tension entre ces deux blocs. Ils opposent l’Arabie Saoudite, sunnite, et l’Iran, chiite, autour des lieux géopolitiquement les plus sensibles : les détroits de Bab-el-Mandeb et d’Ormuz.

 

Sous l’égide du Président des Etats-Unis, Donald Trump, un rapprochement a été réalisé entre Israël et l’Arabie Saoudite, cette dernière étant dirigée par jeune prince héritier Mohamed ben Salmane. Confronté à un tel rapprochement, l’Iran a peu de chances de s’imposer. Israël est très inquiet de la poursuite du programme nucléaire de l’Iran qui est encadré par l’accord conclu par les Cinq + Un  le 14 juillet 2015. Cet accord a été « décertifié » par les Etats-Unis. Israël dispose de la panoplie complète de la dissuasion nucléaire et conventionnelle alors que l’Iran ne peut compter que sur ses missiles balistiques, son aviation étant obsolète. En revanche, l’Iran utilise des leviers, comme le Hezbollah, pour que la rue arabe se soulève. Il ne se privera pas des les utiliser à la suite de la décision controversée des Etats-Unis de reconnaître Jerusalem comme capitale de l’Etat d’Israël et d’y transférer son ambassade.

 

L’Arabie Saoudite et l’Iran sont durement touchés par la sévère chute des prix pétroliers. En effet, si 80% des exportations de la région vont vers l’Asie (Chine et Japon notamment), les Etats-Unis et l’Europe sont beaucoup moins dépendants de cette région dans le domaine de l’énergie. En outre, ces pays subissent la concurrence, d’une part, du gaz russe exporté en Europe par un réseau d’oléoducs et, d’autre part, de celle à venir des gisements existants en Méditerranée.

 

Quant à la Chine, elle est vigilante partout tout en demeurant politiquement discrète.

 

Les pays de plus modestes dimensions sont, comme toujours dans les périodes de tension, en difficultés. L’avenir de l’Irak divisé entre le Kurdistan, les chiites et les sunnites est incertain (disposant déjà d’une large autonomie et de ressources pétrolières, le Kurdistan, dirigé par Barzani,  a fait preuve d’imprudence en tentant de proclamer son indépendance). Le régime de Bachar el Assad chutera si l’un de ses deux soutiens – la Russie et l’Iran- lui faisait défaut. Quant au Liban, entre le nombre de réfugiés palestiniens qu’il accueille, la présence du Hezbollah et la proche Syrie, sa situation est fragile. La Jordanie, inquiète depuis la déclaration américaine sur Jérusalem, a fermé sa frontière.

 

L’avenir de l’Arabie Saoudite pourrait aussi se poser. L’impétueux prince héritier, en voulant moderniser rapidement son pays et le faire passer dans l’ère de l’après-pétrole en s’appuyant sur les jeunes générations, a pris de grands risques en rompant les pactes liant traditionnellement la monarchie au chefs de clans, de tribus et aux religieux wahhabites.

 

On se souviendra que le Shah d’Iran a chuté pour avoir bousculé une société qui n’était pas prête à se réformer en profondeur.

 

 

 

 

 

 

 

Notes de Christian Casper

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