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Le Commerce européen en 2021

Chaque année, en février, Eurostat publie un communiqué de presse[1] sur les premiers résultats du commerce extérieur de l’Union européenne.

L’Union européenne regroupe 27 pays ou Etats membres, qui échangent des marchandises et des services entre eux que l’on appelle le commerce intra-communautaire et avec le reste du monde que l’on appelle le commerce extra-communautaire.

Certains des pays de l’Union se sont aussi regroupés pour partager une monnaie commune : l’EURO. La zone Euro comprend 19 Etats, tous membres de l’Union et pour lesquels il est aussi possible d’opérer la même distinction entre les échanges internes de la zone ou intra ZE et les échanges externes ou extra ZE.


Comprendre et analyser le commerce international, repose sur la connaissance ou le suivi de trois indicateurs :

  • les exportations (X) ;
  • les importations (I) ;
  • la balance commerciale égale à l’écart entre les deux indicateurs précédents (X-I).

De chacun, il est souvent instructif de regarder l’évolution dans le temps et en particulier entre l’année en cours et l’exercice précédent.

Pour le commerce intra-communautaire ou interne à la zone euro, les échanges sont en principe équilibrés : ce qui est vendu par les uns est acheté par les autres, ce qui n’est pas forcément le cas dans ses échanges avec de reste du monde dont la balances peut être excédentaire si les exportations sont supérieures aux importations ou déficitaire dans le cas contraire.

Si 2020 enregistre pour les grands acteurs du commerce international un ralentissement brutal par rapport à la progression régulière observée dans les années précédentes, 2021, alors que la pandémie était loin d’être terminée, enregistre un rebond significatif.  Toutefois la reprise est marquée par des difficultés d’approvisionnement qui perturbent le redémarrage des économies dans les pays développés. Ainsi, une demande de rattrapage forte se heurte à la capacité de l’offre limitée par exemple dans les composants électroniques de l’industrie automobile, et une hausse des prix de l’énergie.

Comme nous l’avions fait pour le commerce européen en 2020, nous proposons d’aborder successivement le commerce de la zone euro, puis de l’Union européenne, avant de nous intéresser aux produits échangés et aux principaux partenaires commerciaux.

  1. La zone Euro

Les 19 pays de la Zone euro ont :

  • exporté en 2021 vers le reste du monde, y compris les huit autres Etats-membres de l’Union, 2 434,3 milliards d’euros, en hausse de 14,1 % par rapport à 2020 après la baisse de 9,2 % par rapport à 2019 ;
  • et importé du reste du monde 2 305,9 milliards d’euros en hausse de 21,4 % après la baisse de 10,7 % ;
  • la hausse des importations ayant été supérieure à celle exportations, la balance commerciale se détériore légèrement en restant excédentaire de 128,4 milliards !
  • les importations ont été alimentées par une demande finale des consommateurs et une demande des industriels pour reconstituer leur stock et faire face difficilement à la demande du marché.

Notons que le commerce interne à la zone euro s’élève à près de 2 180,1 milliards d’euros, en hausse de + 20,7 % et du même ordre de grandeur que le commerce extra zone euro.

Si on peut se réjouir de voir les exportations et les importations se redresser aussi vivement, on peut s’interroger sur le déséquilibre entre le rythme de progression de ces deux indicateurs, sur la cause du décalage et son évolution dans l’avenir.

L’Union européenne

Le commerce interne à l’Union européenne est de 3 424,7 milliards d’euros en hausse de + 19,9 % par rapport à 2020. L’écart de 1 245 milliards d’euros par rapport au commerce intra zone euro représente les échanges entre la zone euro et les autres Etats-membres de l’Union d’une part et les échanges entre les 8 pays de l’Union qui n’appartiennent pas à la zone euro d’autre part.

Le commerce interne à l’Union est supérieur de près de 1 300 milliards au commerce extérieur de l’Union avec le reste du monde !

Les 27 Etats membres de l’Union ont ensemble :

  • exporté 2 180,5 milliards d’euros, en hausse de +12,8 % ;
  • et importé 2 111,5 milliards d’euros, en hausse de +23 % ;
  • Comme pour la zone euro, la balance commerciale demeure positive avec 68,9 milliards mais sensiblement plus faible que celle de 2020 (215,8 milliards d’euros).

Les commentaires concernant la zone euro sont les mêmes pour l’Union européenne avec une forte demande de rattrapage de consommation que la production a du mal à satisfaire. Ce déséquilibre entre offre et demande se traduit aussi par une tension sur les prix notamment de l’énergie.

Pour le commerce extérieur (extra et intra), on constate que les conséquences de la pandémie enregistrées en 2020 ont été plus qu’absorbées en 2021, aussi bien dans l’Union que dans la zone euro. Dans ces deux sphères, la détérioration de la balance commerciale est à surveiller : est-elle liée au redémarrage de l’économie européenne, à l’inflation provoquée par une demande supérieure à l’offre sur l’énergie, l’électronique, ou encore à une légère détérioration de la compétitivité européenne ?

Au cours de l’année 2022, ces risques devront être précisés.

  • Le Commerce de marchandises

Eurostat donne aussi des indications sur la nature des biens faisant l’objet du commerce international en les regroupant en trois familles de produits :  les articles manufacturés, les matières premières et les autres marchandises.

Les articles manufacturés représentent 1 783,6 milliards des exportations, en progression de 11,3 % et 1 466 milliards des importations en hausse de 15,8 % :

  • la hausse des importations de « Machines et véhicules » (+ 14 %) progressent plus vite que les exportations (+ 9,3 %). Traditionnellement point fort européen, la pénurie des composants électroniques qui équipent de plus en plus les véhicules a perturbé les producteurs européens ;
  • la famille des « autres articles manufacturés » semble avoir été moins touchée avec des exportations en hausse de 14,0 % et des importations également en hausse de 18 % ;
  • les produits chimiques également concernés enregistrent une progression plus rapide des importations (+ 16 %) que les exportations (+ 11 %).

Le commerce des matières premières toujours structurellement déficitaire a vu bondir ses importations à 603,8 milliards d’euros (+ 45,8 %) et ses exportations à 350,3 milliards d’euros en hausse de 23,5 %.

  • La famille « Energie » dont le poids relatif avait chuté en 2020, retrouve son point d’équilibre (63 % du total des importations de matières premières contre 65 % en 2019). La progression des importations est néanmoins significative par rapport à 2020 (+ 72 % avec 380,8 milliards d’euros, celle des exportations est de + 62 % avec 104,1 milliards).
  • Les « produits alimentaires et produits de base » sont restés plus stables tant pour les exportations que pour les importations.

Les principaux partenaires de l’UE

Les dix premiers partenaires de l’Union européennes sont frontaliers comme le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège, la Russie, et la Turquie, ou membres du club des grands acteurs mondiaux du commerce comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde.

La balance commerciale est proche de l’équilibre (< 10 milliards d’euros) pour les plus petits de ces partenaires, mais fortement excédentaire pour trois d’entre eux : Etats-Unis (+ 167,4 milliards), Royaume-Uni (137,6 milliards) et Suisse, (+ 32,9 milliards) et fortement déficitaire pour la Chine
(-248,9 milliards) et la Russie (-69,2 milliards).

Nous allons examiner l’évolution historique du commerce de l’UE avec ces 5 partenaires.

En 2021, l’Union Européenne exporte vers les Etats-Unis 399,4 milliards d’euros et importe 232 milliards. Exception faite de l’année 2021 où ces deux indicateurs ont baissé de 13 % et de 14,3 %, la progression a été de 61 % de 2011 à 2021 pour les exportations et de 39 % pour les importations.

La Grande-Bretagne, malgré le Brexit reste un partenaire stratégique avec lequel les exportations ont été régulières depuis 2011 (269 milliards) pour atteindre 320 milliards en 2019 mais baisser à
284 milliards en 2021. Les importations sont restées stables à + 3 % de 2011 à 2019 et baissent de 25 % depuis 2019.

A l’égard de la Suisse, les relations commerciales sont stables mais toujours en faveur de l’Union dont la balance est de l’ordre de 30 milliards d’euros.

Le commerce avec la Chine est structurellement défavorable pour l’Union avec un déficit de
250 milliards d’euros en 2021 et 82 milliards en 2020. En 10 ans, exception faite de 2020, les échanges sont systématiquement très favorables à la Chine avec des importations qui progressent de 90 % quand les exportations de l’UE n’augmentaient que de 70 %.

Avec la Russie les échanges sont aussi déficitaires en raison des importations de Gaz mais avec des fluctuations importantes. Durant la période 2014-2016, l’occupation de la Crimée a provoqué une détérioration des relations commerciales qui retrouvent progressivement un rythme plus « normal » avant de replonger en 2020 à la suite du COVID et de relations commerciales toujours tendues pour des raisons politiques.

  • Les 10 premiers pays exportateurs de l’UE

Les grands pays exportateurs de l’Union sont en règle générale les plus peuplés avec toutefois une mention spécifique pour l’Allemagne et les Pays-Bas qui occupent une place prépondérante.

L’Allemagne avec 1 380 milliards d’exportations et 1 200 milliards d’importations pèse deux fois plus que les Pays-Bas qui arrivent en second avec 708 milliards et 640 milliards pour chacun de ces postes.

Les 10 pays suivants ont enregistré plus de 100 milliards d’exportations comme d’importations.

Parmi les pays qui enregistrent une balance commerciale dont le montant bénéficiaire ou déficitaire est supérieur à 10 milliards d’euros on retrouve en tête l’Allemagne et les Pays-Bas avec l’Irlande et l’Italie qui enregistrent un excédent supérieur 50 milliards.

Les pays qui enregistrent un déficit supérieur à 10 milliards d’euros sont la Croatie, l’Autriche, le Portugal, la Grèce, la Roumanie, l’Espagne et surtout la France.

Si l’on s’intéresse aux échanges intra-communautaires, parmi les pays ayant une balance déséquilibrée (supérieure ou inférieure à 10 milliards d’euros), on constate que :

  • l’Allemagne importe plus qu’elle n’exporte (en particulier de sous-traitants industriels localisés dans d’autres pays européens) ;
  • les Pays-Bas sont fortement bénéficiaires en raison de l’activité du port de Rotterdam par lequel transite une partie du trafic européen (les marchandises destinées à d’autres pays de l’UE sont comptabilisées en importations extra-UE et exportées intra-UE) ;
  • la France importe 400,4 milliards d’euros des autres pays de l’Union et n’exporte que 270,6 milliards. Pour son commerce extra communautaire, la balance est excédentaire de 20,3 milliards (Hors Union européenne, les exportations sont de 224,4 milliards et les importations de 204,1 milliards).

2020 a été une année atypique dans la mesure où la pandémie a, surtout au cours du premier semestre de l’année, confiné une partie de la population limitant sa capacité à produire et à consommer. La perspective de vacciner la population début 2021 a redonné un espoir de reprise économique teinté d’une inquiétude avec l’apparition de nouveaux variants et de nouvelles vagues de ralentissements économiques.


[1] Eurostat euro indicateurs 21/2022 – 15 février 2022

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