ROYAUME-UNI Brexit : du Royaume-Uni au Royaume « désuni » ?

 L’Écosse 


Les indépendantistes écossais du Scottish National Party (SNP) sont arrivés en tête des élections pour le Parlement local du 6 mai 2021, en remportant 64 sièges. Il leur a manqué un siège pour avoir la majorité absolue de 65 sièges. Cette victoire leur permet de remporter un quatrième mandat de Premier ministre à la tête de l’Ecosse. Avec les Verts, qui sont également en faveur d’une séparation avec le Royaume-Uni et qui ont remporté 8 sièges, une majorité existe en faveur de son indépendance. À l’issue de ce vote, Nicola Sturgeon a déclaré qu’il n’y avait « tout simplement aucune justification démocratique pour que le Premier ministre britannique, Boris Johnson, cherche à bloquer le droit du peuple écossais de choisir son propre avenir ». En 2014, 55 % des électeurs écossais avaient rejeté l’indépendance par référendum. Mais le SNP estime cependant que le Brexit a changé la donne, les Écossais ayant voté à 62 % pour rester dans l’UE lors du référendum du 16 juin 2016, le vote « Leave » obtenant 51,9 % des suffrages dans l’ensemble du Royaume-Uni. Après les élections du 6 mai 2021, la question de l’indépendance de l’Écosse se pose donc à nouveau. Boris Johnson s’y oppose fermement, estimant qu’une telle consultation ne peut se produire « qu’une fois par génération ». Juridiquement, le Scotland Act de 1998 sur la dévolution de pouvoir au Parlement écossais n’ôte pas à Londres sa compétence exclusive concernant l’Union. Il y a fort à parier que Boris Johnson fera tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas être le Premier ministre qui permettrait la tenue d’un nouveau référendum qui pourrait conduire l’Écosse à l’indépendance. Selon les sondages, la question de l’indépendance de l’Écosse diviserait toujours à peu près équitablement l’électorat écossais. Son économie est, en effet, beaucoup plus orientée vers le marché britannique que vers celui de l’UE. Selon une étude de la London School of Economics, quitter le Royaume-Uni « serait deux à trois fois plus coûteux » pour l’Écosse que les effets du Brexit sur son économie. Celle-ci commerce, en effet, quatre fois plus avec le reste du Royaume-Uni qu’avec l’UE. Une situation qui ne s’inverserait pas avant plusieurs décennies. Un vote en faveur de l’indépendance est donc loin d’être acquis. Ce ne sont pas, en effet, les obstacles qui manqueraient en cas d’indépendance de l’Écosse, dont celui d’établir une frontière physique avec l’Angleterre, version moderne du mur d’Hadrien. Boris Johnson pourrait finalement être avisé d’accepter d’organiser un second référendum qui, s’il se soldait par une victoire de l’Union, aurait l’avantage d’affaiblir le nationalisme écossais et de renforcer sa situation politique intérieure qui n’est pas mauvaise, le parti conservateur ayant nettement remporté les élections locales du 6 mai dans l’ensemble du Royaume-Uni au détriment d’un parti travailliste très affaibli.


Pour Boris Johnson, l’enjeu est considérable. Il a été élu Premier ministre en utilisant le slogan « Get Brexit done ». Ce faisant, il a mis en danger l’intégrité de son pays. S’il échouait, il resterait dans l’histoire, non pas comme l’homme qui a « libéré » le Royaume-Uni de l’UE, mais comme l’homme qui a détruit le Royaume-Uni. Si Nicola Sturgeon, Première ministre d’Ecosse, gagnait son pari, le chemin pour que l’Écosse se sépare du Royaume-Uni et rejoigne l’UE s’annonce ardu. Compte tenu de l’importance de leurs liens, un accord de retrait devrait être négocié, à l’instar de celui conclu entre l’UE et le Royaume-Uni, car on imagine mal que la rupture puisse être brutale. L’Écosse voudra-t-elle, par exemple, conserver la livre sterling ? Enfin, ce n’est que lorsqu’elle sera indépendante que l’Écosse, qui s’est retirée de l’UE comme l’ensemble du Royaume-Uni le 1er janvier 2021, pourrait poser sa candidature à l’adhésion. Si, sur le principe, cette adhésion ne pose pas de problème, elle prendra du temps car une adhésion implique de négocier un traité qui devra être ratifié par les Vingt-Sept États membres de l’UE. L’Irlande du Nord Le 23 juin 2016, un référendum a été convoqué sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE). Le vote « Leave » l’a emporté avec 51,9% des suffrages exprimés.. Dès le début des négociations en vue du retrait du Royaume-Uni de l’UE, les deux parties ont reconnu que la situation entre l’Irlande et l’Irlande du Nord était particulière. Cette situation est due à l’accord de paix du Vendredi Saint (ou accord de Belfast) d’avril 1998. Il stipule notamment que doivent être normalisées les relations entre les deux parties de l’île en supprimant les « installations de sécurité » ainsi qu’en prenant « d’autres mesures appropriées et compatibles avec une société pacifique normale ». Cela a créé une frontière invisible entre le nord et le sud, ce qui a été facilité par le fait que l’Irlande et le Royaume-Uni étaient alors tous deux membres de l’UE. Pour l’UE, après le référendum du 23 juin 2016, l’accord du Vendredi Saint était incompatible avec l’impératif de préserver le marché unique et l’union douanière, qui constituent le socle de son existence. Logiquement, le retrait du Royaume-Uni de l’UE devait conduire à instaurer une frontière extérieure à l’UE, c’est-à-dire une frontière physique. Pour éviter cette séparation et préserver cet accord, une solution a été trouvée sous la forme d’un protocole sur l’Irlande du Nord qui place une frontière en mer d’Irlande. C’est le « backstop » (filet de sécurité). En clair, l’Irlande du Nord a un statut hybride. On notera que l’UE n’étant pas partie à l’accord du Vendredi Saint, le « backstop » relève donc d’une volonté supérieure de sa part de maintenir la paix en Irlande du Nord. Alors que 56 % des Irlandais du Nord ont voté pour rester dans l’UE, « une frontière en mer d’Irlande » pour contrôler les produits provenant du reste du Royaume-Uni a déclenché la colère des « unionistes ». En avril, des violences de rue ont éclaté dans plusieurs villes de la province.


Prenant partie pour conserver la continuité territoriale du Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson a décidé en février de décaler, sans aucune concertation avec l’UE, du 1er avril à octobre 2021 la mise en place des contrôles sanitaires et phytosanitaires prévus par ce protocole. La Commission européenne a réagi en lançant, le 15 mars, une procédure d’infraction contre Londres. Signe de la forte turbulence qui sévit en Irlande du Nord, la Première ministre d’Irlande du Nord, Arlène Foster, a été contrainte de démissionner en mai pour s’être montrée trop conciliante en ayant accepté les contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. Edwin Poots vient de lui succéder à la tête du parti unioniste nord-irlandais (DUP). Il représente l’aile dure de ce parti. Les tensions pourraient monter d’un cran vers le 12 juillet, date à laquelle les Protestants commémorent chaque année la bataille de la Boyne (1690), qui vit les troupes de Guillaume d’Orange triompher sur celles du roi catholique Jacques II. La commémoration de ce centenaire irrite les catholiques partisans d’une réunification de l’Irlande qui voient « dans cette date le sombre souvenir de la partition de l’île ». Si un fossé a toujours existé entre les souverainistes favorables à la réunification de l’Irlande et les unionistes très attachés au Royaume-Uni, le Brexit a secoué le fragile édifice qui maintenait les communautés protestante et catholique dans une même province. Le durcissement des unionistes est aggravé par le fait que, pour la première fois, les catholiques sont sur le point d’être plus nombreux que les protestants en Irlande du Nord. Le dialogue qui se poursuit entre l’UE et le gouvernement britannique est un dialogue de sourds. David Frost, le ministre britannique du Brexit, a proposé un alignement sur les normes sanitaires et phytosanitaires de l’UE en recourant au principe appliqué dans l’UE de « la reconnaissance mutuelle » qui signifie que tout produit vendu légalement dans un pays de l’UE peut être vendu dans un autre, même s’il ne respecte pas toutes ses règles techniques. Cette solution, qui rendrait inutiles des contrôles dans les ports nord-irlandais a été rejetée par l’UE qui estime qu’elle ne protègerait pas assez son marché intérieur. Et l’avenir ? L’accord du Vendredi Saint stipule que l’avenir de l’Irlande du Nord est déterminé en fonction des souhaits de la « majorité de la population » exprimé par un vote. Il laisse donc ouverte la possibilité d’unification de l’Irlande si une majorité de population venait à le souhaiter. Pour que le choix du peuple d’Irlande du Nord puisse prévaloir, les gouvernements britannique et irlandais ont modifié leur Constitution. Londres a abandonné une législation de 1920 qui inscrivait dans le marbre sa souveraineté sur l’Ulster. Dublin a de son côté abandonné sa revendication territoriale sur le nord. Le protocole nord irlandais a repris ces dispositions en instituant un mécanisme dit «de consentement ». À l’issue d’un délai de quatre ans, le Parlement d’Irlande du Nord pourra décider, à la majorité simple, de reconduire ou de mettre fin à ce protocole. Début juin, les relations entre le Royaume-Uni et l’UE se sont beaucoup dégradées. La tension est montée d’un cran en marge de la réunion du G7 des 12-13 juin. Le Premier ministre britannique a prévenu qu’il « n’hésiterait pas » à suspendre l’application du protocole nord-irlandais si l’UE ne faisait pas preuve de plus de souplesse dans son application. Le ton est monté entre lui et le président Macron après que ce dernier ait déclaré à propos des saucisses de Toulouse, que Toulouse et Paris faisaient partie d’un même pays, ce qui n’est pas le cas, selon lui, de l’Irlande du Nord. ◼ 

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