Vers une Europe-puissance par Eric Dumont

Si vous m’avez fait confiance c’est pour que nous contribuions tous ensemble à réconcilier les parisiens avec l’Union Européenne, qu’ils connaissent pour la plupart bien mal.

L’Union Européenne, c’est avant tout une idée.

Comme toutes les idées elle peut devenir une utopie, « the unreachable star », si sa concrétisation est jugée comme décevante voire impossible.

L’idée n’est pas nouvelle. On pense à l’Empire Romain et à celui de Charlemagne.

L’année où l’on hésite à fêter le deuxième centenaire de la mort de Napoléon, nos compatriotes sont, pour la plupart, encore récalcitrants à faire évoluer l’Union vers une véritable Europe-puissance, politiquement et militairement parlant.

Non pas qu’ils n’y pensent pas mais qu’ils l’estiment irréalisable et potentiellement dangereuse, compte tenu de la diversité de nos cultures, dans un monde où la paix est pourtant en tête de leurs préoccupations après tant de désastres. Angélisme coupable ou crainte justifiée ou non des menaces qui pèseraient sur la démocratie?

Je n’aime pas la folie des grandeurs de l’homme Napoléon mais je reconnais que ses intentions étaient celles d’un visionnaire. Vouloir imposer par la force les idées nouvelles pour libérer les peuples conquis des monarchies absolues qui les dominaient était prématuré. La méthode a cependant fait école ensuite partout en Europe au sens large, pacifiquement chez certains, par les armes dans d’autres pays.  Il n’y aurait sans doute jamais eu de consensus à l’époque napoléonienne sur son épopée sanguinaire sans la menace extérieure sur les valeurs de la République qu’il voulait justement promouvoir tout en les bafouant pour gouverner des territoires de plus en plus étendus, sans structures démocratiques propres suffisamment solides. Cette volonté de puissance, de supranationalité hégémonique, l’a perdu. Et pourtant changer l’Europe d’en haut, par des lois communes adaptées à chaque pays (Le code Napoléon préfigure le droit européen) était un concept très en avance sur son temps. Nous en reparlerons lors d’une prochaine conférence.

La construction actuelle de l’Union n’est pas assez attrayante encore, même si des efforts de « packaging » ont été faits. La bureaucratie a tué à petit feu le beau rêve initial.

La critique principale dans l’opinion, un peu partout, demeure que cette belle construction intellectuelle et technocratique a concentré ses efforts depuis un demi-siècle sur ce qu’il y avait de plus facile à réaliser, le marché unique et les transferts financiers vers les régions et les pays les plus pauvres, en délaissant ou en gommant ce que les européens voulaient au fond d’eux-mêmes : une Europe qui les protège, au présent et au futur. C’est le droit européen qu’il faut faire connaître. Pour cela il faudra que l’Union fonctionne comme un Etat à part entière, qu’elle reconsidère ses priorités de dépenses et qu’elle ait davantage de liberté d’action dans de multiples domaines au lieu de faire confiance aux pays-membre qui n’en ont plus les moyens à l’échelle mondiale. L’achat groupé des vaccins a été, contrairement aux commentaires entendus ici et là, une réelle avancée stratégique dans ce sens.

Puisque l’Europe se réinvente tous les 1000 ans, faudra-t-il attendre encore 1000 ans après le siècle des Lumières dans toute l’Europe, pas qu’en France, pour qu’une évolution des mentalités débouche enfin sur un acte fondateur ? Cela dépendra de nous.

Ce qui est certain c’est que la « realpolitik », à base de compromis successifs, d’improvisations successives plus ou moins inspirées plutôt, a occupé tout l’espace politique en Europe alors que le rêve européen, partagé, reste intact et vivace sous la braise dans la conscience collective, comme la « Rule Britannia » chez les anglais.

A nous de redonner à l’Union la dimension populaire, émotionnelle, compréhensible sans formation particulière, cocardière au besoin, humaine en somme, que tout le monde appelle de ses vœux sans l’exprimer clairement.

Les enseignements de la Conférence pour l’Avenir de l’Europe le confirmeront très probablement.

La souveraineté est au cœur du débat, avant de s’attaquer à la gouvernance, illustrée par le « sofagate ».

On a fait jusqu’à présent l’inverse.

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