La rétrocession de Hong Kong (1997-2047)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Population ‎: ‎7 466 441 hab. (2019)

Superficie : 1100 km2

 

 

I- Humiliée au XIXe siècle (1) à l’issue des deux guerres de l’opium qui ont contraint la Chine à signer deux traités qu’elle qualifie de « traités inégaux », celle-ci vient d’intervenir par la force à Hong Kong en adoptant à l’unanimité le 30 juin 2020 une loi sur la sécurité nationale qui fait peu de cas de la volonté de sa population, et notamment de sa jeunesse, de voir maintenues les libertés publiques garanties par la Déclaration conjointe sino-britannique de 1984 lui accordant « un degré élevé d’autonomie ».

La Chine rejette dans des termes abrupts toutes les interventions étrangères en les considérant comme des ingérences dans ses affaires intérieures.

La communauté internationale est restée prudente jusqu’à présent. Les Etats-Unis envisageraient de prendre des mesures de représailles. La Russie ne bouge pas. L’Union européenne non plus, sinon en faisant part de ses « préoccupations ». Très attachée aux Droits de l’Homme et adepte du « blaming and shaming » (blâmer et faire honte) en politique étrangère, elle est une nouvelle fois divisée. Il serait surprenant, par exemple, que l’Allemagne se manifeste, ses échanges commerciaux avec ce pays étant excédentaires et atteignant 200 milliards de $ par an. Les affaires sont les affaires !

Le Royaume-Uni fait exception (il est vrai qu’il n’est plus membre de l’Union européenne depuis le 31 janvier 2020 !), peut-être en tant qu’ex-puissance coloniale. Considérant qu’« il y a eu violation claire et sérieuse » de la Déclaration conjointe sino-britannique de 1984, le premier ministre britannique a décidé d’élargir la possibilité pour les Hongkongais de résider sur le territoire britannique puis d’y demander la nationalité. La tension entre les deux pays est forte depuis quelques jours.

 

II- Le Royaume-Uni a obtenu à la fin de la première guerre de l’opium la cession de l’île de Hong Kong en 1841 par le traité de Nankin (1842). Cette cession a été étendue en 1860 à la fin de la seconde guerre de l’opium (1858-1860) à la presqu’île de Kowloon jusqu’à Shenzhen et les îles à l’ouest de l’île de Hong Kong ainsi qu’aux « Nouveaux territoires » par la Convention de Pékin. L’île de Hong Kong et la presqu’île de Kowloon avaient été cédées à perpétuité au Royaume-Uni, et auraient théoriquement pu rester britanniques. Cependant, en 1898, le Royaume-Uni et la Chine sont convenus de voir les territoires rétrocédés à Pékin à la fin d’un bail de 99 ans, soit en 1997.

Selon une formule attribuée à Deng Xiaoping, qui avait surtout à l’esprit la situation de Taiwan, Hong Kong devait être gouvernée selon le principe : « un pays, deux systèmes. »

Pendant ces quelques 150 ans d’occupation britannique, Hong Kong a connu un essor économique considérable tout en profitant d’un régime colonial comportant d’importants éléments d’un régime démocratique (liberté d’expression, liberté de la presse, indépendance du système judiciaire, mais pas d’élections démocratiques), la politique étrangère et la défense relevant de la Chine.

La Chine continentale a suivi pendant cette période une trajectoire bien différente. En 1949, Mao Zedong proclama la naissance de la République populaire de Chine et progressivement le pays a basculé vers un régime totalitaire et autarcique avant de s’ouvrir aux seuls échanges économiques plus tard.

 

III- Selon la Loi fondamentale de la Région administrative spéciale (Ras) de Hong Kong, le système capitaliste du Royaume-Uni doit être maintenu pendant les 50 années suivant la rétrocession (soit de 1997 à 2047). Le système socialiste de la République chinoise ne sera pas appliqué à Hong Kong qui doit jouir « d’un degré élevé d’autonomie » (2). Elle stipule cependant que « cette Région administrative spéciale est une partie inaliénable de la Chine ». 

Considérée comme exemplaire et équilibrée par la communauté internationale en 1984, la Déclaration commune sino-britannique, qui n’est pas dénuée d’ambiguïté, a mal résisté à l’épreuve du temps.

A partir des années 2000, la Chine a accru sa pression sur Hong Kong et a réprimé des émeutes. Depuis, la situation s’est considérablement détériorée. Aux revendications et manifestations de la population de Hong Kong, la Chine a brutalement réagi. La récente loi sur la sécurité nationale, qui laisse une grande place à l’interprétation, a encore renforcé les moyens de répression que la Chine peut employer.

On peut estimer qu’un point de non-retour a été atteint.

 

Les deux principales critiques qu’on peut émettre à l’égard de cette Déclaration commune sont :

–  la longueur de la période de transition. Stipuler (2) que le statut de Hong Kong « restera inchangé pendant 50 ans », c’était ne pas tenir compte de l’évolution de la Chine. Devenue la deuxième puissance mondiale, la République populaire de Chine mène, désormais sous la férule de XI Jinping, une stratégie hégémonique de grande puissance ;

– l’ambigüité du principe « un pays, deux systèmes ». S’agit-il d’un pays ou de deux systèmes ? Le 25 avril dernier, le chef du bureau de liaison du gouvernement chinois à Hongkong, Wang Zhenmin, a déclaré : « Si les « deux systèmes » deviennent un moyen de contester le « un pays », alors les raisons d’existence des « deux systèmes » disparaissent. »

 

(1) Dans certaines villes de Chine, des zones étaient interdites aux « chinois et aux chiens ».

(2) « The socialist system and policies shall not be practised in the Hong Kong Special Administrative Region, and the previous capitalist system and way of life shall remain unchanged for 50 years. »

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