« L’Iran et la communauté internationale : l’impossible normalisation ? », le 18 juin 2018, Paris

ARRI, Association Réalité et Relations internationales, organisait, le 18 juin 2018, une conférence autour de Clément Therme, sur le thème : « L’Iran et la communauté internationale : l’impossible normalisation ? »
Notre chroniqueur Christian Casper participait à cette rencontre et nous a transmis ses notes.
 

« Plus isolé qu’indépendant, l’Iran souffre du symptôme des anciens pays qui ont du mal à vivre le présent ».

Si la société iranienne, tiraillée entre les « conservateurs » et les « libéraux », est sous tension, il est cependant évident que le pouvoir absolu est entre les mains du Guide Suprême et des « conservateurs » (clergé, organisation paramilitaire des gardiens de la révolution dénommés pasdaran, fondations etc.). L’économie est contrôlée dans sa quasi-totalité par ces derniers.

Le Président, bien qu’élu, n’est en quelque sorte qu’un Premier Ministre, qu’un second.

Si l’Iran est une « théocratie parlementaire ou élective », elle est surtout une théocratie. Bien que les iraniens soient nationalistes, les religieux rejettent le concept « laïc » de nation.

Le Président américain, Donald Trump, est, après Obama, revenu à la politique traditionnelle des Etats-Unis depuis la Révolution de 1979. Jusqu’à cette période, les Etats-Unis ont beaucoup soutenu le régime du Shah.

Seule l’Europe, dont l’influence est modeste, parle au Président Rohani…

L’économie du pays est dans un état médiocre : forte inflation, cours du rial en chute libre par rapport au dollar, taux de chômage important. Elle est très dépendante de ses exportations de pétrole et du cours de ce dernier.

En quelques décennies, la Corée du Sud et la Chine qui étaient à un niveau de PIB équivalent à celui de l’Iran en 1980 ont laissé ce pays sur place. C’est l’influence des religieux qui en est la cause.

Les élites intellectuelles émigrent en grand nombre, paradoxalement… aux Etats-Unis.

A court terme :

– L’Iran se trouve dans la sphère d’influence économique de la Chine où le régime a pour politique de contrôler l’économie nationale tout en lui intimant de « gagner de l’argent ». Sa monnaie, le renminbi ou yuan n’étant pas convertible, peut être manipulée à des fins de politique extérieure, la Chine étant, en outre, peu dépendante de l’ordre juridique américain. Depuis 2005, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran.

Les relations avec la Russie voisine ont toujours été complexes. Elles sont fréquentes.

La région est instable : Afghanistan, Pakistan (qui détient l’arme nucléaire). L’Inde (qui détient également cette arme) est diplomatiquement proche des Etats-Unis.

– Le peuple iranien étant très fier, le camp des « conservateurs » pourrait être renforcé à la suite du retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien.   

A plus long terme, la pression d’un peuple, jeune et urbanisé, qui veut vivre pourrait affaiblir le régime si la situation économique ne s’améliorait pas.

Sur le plan régional, l’Iran est un pays qui compte, en particulier dans le Golfe persique où les pays sont de modeste dimension. L’opposition entre le chiisme et le sunnisme est un peu simple. Il existe un chiisme arabe.

L’influence de lobbies puissants et hostiles à l’Iran (Israël, Arabie saoudite) est grande.

Israël est très vigilant sur le programme nucléaire iranien.

L’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien a été considérablement affaibli par la décision du Président américain du 8 mai dernier et par la menace de sanctions dont on sait à quel point elles sont redoutables. Pour les Européens, ce retrait est décevant dans la mesure où ils voyaient dans cet accord une ouverture de l’Iran ainsi qu’une opportunité pour y faire des affaires. Le groupe PSA, pourtant bien implanté dans ce pays, a décidé de s’en retirer pour ne pas mettre en péril sa filiale Faurecia qui réalise aux Etats-Unis un chiffre d’affaires supérieur à celui réalisé en Iran.

En revanche, l’Iran n’acceptera pas que son programme balistique soit remis en cause.

Christian Casper

 

 

 

 

 

 

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