Royaume-Uni : exit Theresa May – Christian Casper, mai 2019

Union européenne – Royaume-Uni

Presse européenne

Exit Theresa May, un Brexit (article 50 du TUE*) politiquement mort

 

Theresa May est devenue Première ministre en juillet 2016, peu après que les Britanniques eurent voté à près 52 % en faveur du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016.

Theresa May, fille de pasteur, courageuse voire obstinée, a hérité d’une situation difficile. Elle n’a pas su la régler. Avant elle, Margareth Thatcher, John Major et David Cameron sont tombés sur la question de la relation entre l’Union européenne (l’Union) et le Royaume-Uni. Elle n’a pas su rallier une classe politique et une société britannique profondément divisées depuis longtemps sur cette question.

En adoptant d’emblée une position dure (« Brexit means Brexit ») ce qui, pour elle, signifiait une sortie de la règle de la libre circulation, qui est le socle du marché intérieur, et de l’union douanière avant même d’avoir tenté de dégager un compromis qui aurait pu lui permettre d’avoir une majorité, elle a rendu sa tâche extrêmement difficile.

Dès 2017, elle a commis une grave erreur en renvoyant la Chambre des communes devant les électeurs pour tenter de s’assurer une majorité plus confortable. Elle a échoué. Et sa nouvelle majorité n’a tenu qu’au ralliement des dix députés du Democratic Unionist Party, un parti protestant d’Irlande du nord farouchement opposé à tout ce qui pourrait séparer l’Ulster de l’Angleterre. Le soutien indispensable de ce parti a rendu encore plus sensible la question de la frontière irlandaise et celle du filet de sécurité (« backstop »), la République d’Irlande étant un pays membre de l’Union.

Depuis la conclusion en novembre 2018 de l’accord de retrait négocié avec la Commission européenne, elle n’a cessé d’essuyer des rebuffades, non seulement de la part de la Chambre des communes qui a rejeté massivement, puis nettement, par trois fois cet accord, mais également de la part de son propre parti ainsi que d’une presse populaire souvent féroce. Enfin, son ultime tentative (la quatrième) pour tenter de faire adopter ce projet d’accord en ouvrant, ce qu’elle avait toujours refusé, la possibilité d’un recours à un deuxième référendum, a été particulièrement maladroite et contre-productive.

Elle a fini par épuiser son crédit politique.

Ajoutons que le séquençage de la négociation imposé par Michel Barnier (accord sur les conditions du retrait avant toute négociation sur les relations futures entre l’Union et le Royaume-Uni) n’a pas été de nature à lui faciliter la tâche.

De leur côté, les dirigeants des Vingt-Sept pays membres sont restés unis et dans l’expectative. Ils ont même fait preuve de compréhension en reportant par deux fois le délai de deux ans prescrit par l’article 50 du TUE.

L’annonce le 7 juin de sa démission de leader du parti conservateur et le long processus de sélection de son nouveau leader, qui deviendra automatiquement Premier ministre, la conduira à rester en fonction jusqu’à la fin du mois de juillet. La Chambre des communes se mettra en congés également fin juillet.

Parmi les nombreux candidats à sa succession, Boris Johnson est actuellement le favori. Il n’est guère apprécié des députés, mais beaucoup d’élus conservateurs le considèrent comme le seul capable de mettre en œuvre le Brexit, avec ou sans accord avec l’Union. Nombreux sont ceux qui estiment aussi que lui seul peut les aider à se faire réélire lors des législatives qui suivront probablement la nomination du prochain Premier ministre, si, comme c’est probable, l’impasse parlementaire persistait.

Dans l’Union, Boris Johnson inquiète. L’homme est imprévisible.

Quant à l’accord de retrait de novembre 2018, il est très mal en point. Toutefois certains candidats à la nomination sont prudents, la Chambre des communes s’étant opposée à une sortie sans accord. En Allemagne, Angela Merkel a refusé de se prononcer sur les conséquences de la démission de Theresa May sur le Brexit, un processus « qui dépend des évolutions de la politique intérieure britannique »

Toutefois, dans l’immédiat, le risque d’un Brexit sans accord, c’est-à-dire désordonné, qui pourrait intervenir avant l’échéance du 31 octobre, n’a jamais été aussi grand. Ses partisans ont reçu l’appui du Brexit party qui, conduit par Nigel Farage, a réalisé un score de plus de 30 % des suffrages à l’élection européenne du 23 mai, laissant très loin derrière les partis conservateur et travailliste. Fort de ce succès, Nigel Farage exige de participer aux négociations sur le Brexit.

Trois ans après le référendum de juin 2016 et après deux ans de laborieuses négociations, un Brexit sans accord porterait un coup sévère à la fois au Royaume-Uni et à l’Union qui seraient de retour à la case départ.

Christian Casper, 29 mai 2019

 

*Traité sur l’Union européenne

 

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