Les Etats-Unis de Joe Biden, brèves européennes de Christian Casper, janvier 2021

Notes prises lors de la conférence du 20 janvier 2020 organisée par la Fondation Schuman
et donnée par Simon Serfaty, professeur émérite à l’Université de Norfolk et Pierre Vimont, ambassadeur de France, ancien ambassadeur aux Etats-Unis.

I- Les Etats-Unis

Donald Trump laisse derrière lui un pays divisé en deux nations. L’intrusion violente du Capitole le 6 janvier par des émeutiers est un événement historique dont la portée est similaire à celle du 11 septembre 2001.

La grande majorité des électeurs (74 millions) de Donald Trump croit que l’élection du 3 novembre a été volée.

La réconciliation du pays sera difficile.

Le parti républicain est également coupé en deux. Si Donald Trump devrait connaître des ennuis avec la justice, ce parti devra choisir un autre leader.

Pour Simon Serfaty, depuis vingt ans, les Etats-Unis ont connu une profonde évolution de leur répartition démographique et la trajectoire économique du pays a considérablement aggravé les inégalités. Il considère enfin que la Constitution du pays devrait être réformée (mode de scrutin, Cour Suprême).

Il estime que Joe Biden a les qualités requises pour relever ces défis. Il a une très grande expérience politique et s’est entouré d’une équipe solide et très expérimentée (Anthony Blinken, Jake Sullivan etc.) en politique étrangère.

Son mandat se décomposera en deux fois deux ans avec les élections législatives de 2022.au milieu de celui-ci.

Il devrait pratiquer une politique de centre droit, puis de centre gauche à l’instar de Barack Obama, pour restaurer l’unité du pays. Restaurer cette unité sera sa priorité immédiate (ce fut très clair dans le discours qu’il a prononcé après avoir prêté serment).

Pour Pierre Vimont, le trumpisme devrait survivre. Si Donald Trump a exacerbé le populisme, celui-ci est une tendance de fond qui existait déjà aux Etats-Unis avec Sarah Palin et le « tea party ». Barack Obama a essayé, sans y réussir, de canaliser cette tendance.

II- Les Etats-Unis et le monde

Depuis 2016, le monde a changé : montée en puissance de la Chine, évolution de la Russie de Poutine, émergence de l’Inde, de l’Indonésie. Membre de l’Otan, la Turquie est devenue turbulente et a acheté des armes stratégiques à la Russie (acquisition du système S-400).

Sans être en déclin, les Etats-Unis sont moins hégémoniques dans un monde multipolaire.

Il y aura un héritage Trump :

– la configuration géopolitique a beaucoup changé au Moyen-Orient avec les accords d’Abraham. Joe Biden ne devrait pas revenir sur le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem ; 

– une politique provocante et limitée à des sanctions avec la Chine ;

– échec de ses tentatives de négocier avec la Corée du Nord, avec laquelle il n’y a toujours pas de traité de paix, mais reprise d’un dialogue interrompu depuis longtemps ;

– le dossier iranien sera une priorité de la nouvelle administration. Le nouveau Secrétaire d’Etat, Anthony Blixen, a été l’un des architectes de l’accord de Vienne de 2015. Les Etats-Unis voudront élargir cet accord aux missiles balistiques. Les alliés des Etats-Unis dans la région :  l’Arabie saoudite et surtout Israël seront très vigilants.

Depuis Jimmy Carter, les Etats-Unis ne sont pas entrés en guerre. La nouvelle administration poursuivra-t-elle le retrait, engagé par Barack Obama, des soldats américains dans les « conflits sans fin ?» *

Pour Simon Serfaty, les Etats-Unis ne pourront pas tout faire. Il croit beaucoup à une finalité euro-atlantique.

Pierre Vimont est plus nuancée sur le rôle que peut jouer l’Europe.

III- Les Etats-Unis et l’Europe

En Europe, la relation avec les Etats-Unis oppose les tenants de l’alliance atlantique et ceux qui plaident pour une Europe plus souveraine, plus stratégiquement autonome.

Un compromis entre ces deux positions sera-t-il possible ?

L’Europe a « de nouveau un ami » à la Maison-Blanche et a invité Joe Biden à une réunion avec les dirigeants de l’UE afin de « construire ensemble un pacte fondateur nouveau » pour les relations transatlantiques, ont déclaré mercredi 20 janvier 2021 au Parlement européen les présidents de deux institutions européennes, Charles Michel et Ursula von der Leyen.

Pierre Vimont estime que les européens « devront apprendre à parler européen » tout en soulignant que la prise de décision en Europe demandait du temps.

Joe Biden pourrait laisser plus de place à l’Europe dans l’Otan, mais il devrait lui demander d’augmenter sa contribution financière.

IV- Le multilatéralisme

Moins hégémoniques que dans le passé, les Etats-Unis de Joe Biden donneront à nouveau une place au multilatéralisme. Mais, la gestion des affaires du monde ne sera pas efficace sans modifications des institutions de 1945 :  Conseil de Sécurité avec ces 5 membres permanents détenant un droit de veto, FMI, OMC etc. Elles sont à bout de souffle.

Dans un monde qui s’est durci, un retour au multilatéralisme est tout à fait souhaitable. Ce retour ne se fera pas sans une adaptation de ces institutions au monde du XXIe siècle.

Notes de Christian Casper, janvier 2021

* Ps : Depuis cette conférence :

– La nouvelle administration a proposé à la Russie de reconduire de 5 ans le dernier traité de désarmement nucléaire New Start. En l’absence d’un accord entre les deux pays, celui-ci expirera le 5 février prochain.

– Elle a signifié au gouvernement légal afghan sa volonté de revoir l’accord signé en février 2020 qui prévoit le retrait total des forces américaines d’ici à mi-2021 en échange de l’engagement des insurgés à ne pas laisser des groupes terroristes agir depuis les zones qu’ils contrôlent, les Etats-Unis voulant « évaluer » le respect par les talibans de leurs engagements.

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